vendredi 16 octobre 2009

30 juillet 1914

J'ai écouté la voix des vagues et elle m'a conté bien des merveilles. Elle m'a parlé de la joie de vivre et des extases du mouvement.

Ô mer, tu m'as redit en un cantique sans fin et sans cesse renouvelé la puissance d'amour qui rend vraies toutes choses. En contemplant la splendeur de ton action invincible, j'ai perçu l'irrésistible élan emportant l'univers vers la Suprême Réalité; la force qui te soulève et change en montagnes ta surface n'est-elle point semblable à celle qui fait sortir le monde de son inertie pour faire naître en lui l'aspiration vers le Divin.

Puis à mesure que dans le silence je te regardais, plus profondément encore tu m'as parlé, et tu m'as dit le grand mystère de l'Amour éternel s'aimant en toutes les formes, se révélant à lui-même dans toutes les activités. Déjà en mon être cet ineffable Amour vivait conscient de lui- même, mais à cette heure-là sa vie revêtit une exceptionnelle intensité, ou peut-être la perception individuelle fut d'une exceptionnelle clarté.

Ô Seigneur adorable, Souverain Maître du monde, Toi qui étant tout possèdes et jouis de tout, as-Tu, à cet instant de Ton éternité, jeté un plus précis regard vers nous pour que nous soyons ainsi baignés d'une telle magnificence d'amour, ou bien as-Tu, dans l'humble instrument de cet être fugitif et limité, voulu goûter de façon plus forte et complète, plus intense et précise Ta propre joie d'être et de Te manifester ? Tout s'est soudain éclairé de l'inexprimable beauté de Ta Vérité et dans le miroir de la conscience individuelle Tu as réfléchi l'infinie variété des modes d'expression propre de Ton être qui est Amour.

Douleur et jouissance s'unissaient à se confondre en une extase qui semblait devoir consumer l'être de ses flammes ardentes. Oh, que ce quelque chose de Toi qui s'est cristallisé en ce que j'appelle mon être T'a bien compris et T'a puissamment aimé en ces instants inoubliables. Toutes les barrières de la pensée et de la sensation avaient disparu, consumées par l'ardeur de Ton feu divin et ce fut bien Toi-même en cet instant qui jouis de Ton éternelle et infinie présence en tout. Tu fus toutes les actions et toutes les résistances, toutes les sensations et toutes les pensées, celui qui aime et celui qui est aimé, ce qui se donne et ce qui reçoit en une inépuisable et mouvante harmonie.

J'ai écouté le cantique des vagues et il m'a conté de bien grandes merveilles.

jeudi 17 septembre 2009

La découverte suprême

Si nous voulons progresser intégralement, il nous faut ériger en notre être conscient une synthèse mentale forte et pure qui puisse nous servir de protection contre les tentations du dehors, de point de repère pour nous éviter tout détour, de phare pour éclairer notre route sur l'océan mouvant de la vie. Chacun doit construire cette synthèse mentale suivant ses propres tendances, ses propres affinités, ses propres aspirations. Mais si nous la voulons vraiment vivante et lumineuse, il faudra qu'elle ait à son centre l'idée qui est la représentation intellectuelle symbolique de Ce qui est au centre de notre être, de Ce qui est notre vie et notre lumière.

Cette idée exprimée en paroles sublimes a été enseignée sous des formes diverses par tous les grands Instructeurs à travers tous les pays et tous les temps. Le Moi de chacun et le Grand Moi universel ne sont qu'un.

Tout ce qui est étant de toute éternité dans son essence et son principe, pourquoi distinguer entre l'être et son origine, entre nous-même et ce que nous plaçons au commencement ? C'est avec raison que d'anciennes traditions disaient : "Nous et notre origine, nous et notre Dieu sommes un."

Et cette unité doit s'entendre non point comme un simple rapport d'union plus ou moins étroite et intime, mais comme une identité véritable. Ainsi, quand il essaie de remonter de proche en proche jusqu'à l'inaccessible, l'homme qui cherche le divin oublie que toute sa connaissance et toute son intuition ne sauraient lui faire faire un pas dans cet infini, et il ne sait pas que ce qu'il veut atteindre, que ce qu'il croit si loin de lui est en lui.

Et comment pourrait-il savoir quelque chose de l'origine tant qu'il ne prend pas conscience de cette origine en lui-même ? C'est en se comprenant lui-même, en apprenant à se connaître qu'il peut faire la découverte suprême et, émerveillé, s'écrier comme le patriarche dont parle la Bible : "C'est ici la maison de Dieu et moi je ne le savais pas."

C'est pourquoi il faut exprimer la pensée sublime, créatrice des mondes matériels, faire entendre à tous la parole qui remplit les cieux et la terre : "Je suis en toute chose et en chaque être." Quand tous sauront cela, le jour promis des grandes transfigurations sera proche. Quand dans chaque atome de la matière les hommes reconnaîtront la pensée de Dieu qui l'habite, lorsqu'en chaque créature vivante ils apercevront l'ébauche d'un geste de Dieu, lorsqu'on chaque homme son frère saura voir Dieu, alors l'aube naîtra, chassant les ténèbres, les mensonges, les ignorances, les fautes et les douleurs qui accablent la nature entière.

Car "la nature entière souffre et gémit attendant que les Fils de Dieu se révèlent". C'est bien la pensée centrale, celle qui résume toutes les autres, celle qui devrait être toujours présente dans notre souvenir comme le soleil qui illumine toute la vie.

C'est pourquoi je vous la rappelle aujourd'hui. Car si nous poursuivons notre route en emportant dans notre cœur cette pensée comme le joyau le plus rare, le trésor le plus précieux, si nous lui laissons faire son œuvre d'illumination, de transfiguration en nous, nous saurons qu'elle est vivante au centre de tout être et de toute chose, et en elle nous sentirons cette merveilleuse unité de l'univers.

Alors nous comprendrons combien vaines et enfantines sont nos pauvres satisfactions, nos sottes disputes, nos mesquines passions, nos indignations aveugles. Nous verrons se dissoudre nos petits travers, tomber les derniers retranchements de notre personnalité bornée, de notre égoïsme inintelligent. Nous nous sentirons emportés dans ce sublime courant de spiritualité vraie qui nous fera sortir de nos cadres limités, de nos étroites frontières :

Le Moi individuel et le Moi universel ne sont qu'un; en chaque monde, en chaque être, en chaque chose, en chaque atome est la Présence Divine, et l'homme a pour mission de la manifester. Pour cela, il lui faut prendre conscience de cette présence Divine en lui. Certains, pour y parvenir, ont besoin d'un véritable apprentissage : leur être égoïste est trop absorbant, trop fixe, trop conservateur, et la lutte contre lui est longue et douloureuse. D'autres, au contraire, plus impersonnels, plus plastiques, plus spiritualisés, entrent facilement en contact avec la source inépuisablement divine de leur être. Mais ceux-là aussi, ne l'oublions pas, doivent quotidiennement, constamment, se livrer à un méthodique travail d'adaptation, de transformation, afin que rien en eux ne vienne plus obscurcir le rayonnement de cette pure lumière.

Mais comme le point de vue change dès que l'on atteint cette conscience profonde ! Comme la compréhension s'élargit, comme la bienveillance s'accroît ! À ce sujet un sage a dit : "Je voudrais que chacun de nous en vînt au point d'apercevoir le Dieu intérieur qui réside même dans le plus vil des êtres humains; au lieu de le condamner nous dirions : "Surgis, Être resplendissant, toi qui es toujours pur, qui ne connais ni la naissance ni la mort, surgis, Tout-Puissant et manifeste ta nature."

Conformons-nous à cette belle parole et nous verrons tout se transformer comme par miracle autour de nous.

Voilà l'attitude d'amour vrai, conscient, perspicace, de l'amour qui sait voir derrière les apparences, comprendre malgré les mots, et qui, à travers tous les obstacles, communie constamment avec les profondeurs. Que pèsent nos impulsions et nos désirs, nos angoisses et nos violences, nos souffrances et nos luttes, toutes ces péripéties intimes dramatisées indûment par notre imagination déréglée, que pèsent-elles devant ce grand, ce sublime, ce divin amour penché sur nous du plus profond de notre être, indulgent à nos faiblesses, redressant nos erreurs, cicatrisant nos plaies, baignant notre être tout entier de ses effluves régénérateurs?

Car la Divinité intérieure ne s'impose point, ne réclame point, ne menace point; elle s'offre, elle se donne, elle se cache, elle s'oublie au sein des êtres et des choses; elle ne blâme point, elle ne juge ni ne maudit ni ne condamne, mais elle est à l'oeuvre sans cesse pour perfectionner sans contrainte, réparer sans reproches, pour encourager sans impatience, pour enrichir chacun de tous les trésors qu'il peut recevoir; elle est la mère dont l'amour enfante et nourrit, garde et protège, conseille et console; elle comprend tout, c'est pourquoi elle supporte tout, elle excuse et pardonne tout, elle espère et prépare tout; portant tout en elle, elle n'a rien qui ne soit à tous, et parce qu'elle règne sur tous elle est servante de tous; c'est pourquoi ceux qui, petits ou grands, veulent être rois avec elle et dieux en elle, se font, comme elle, non point despotes mais serviteurs parmi leurs frères.

Qu'il est beau cet humble rôle de serviteur, ce rôle de tous ceux qui furent des manifestateurs, des annonciateurs du Dieu qui est en tous, du Divin Amour animant toute chose...

Et en attendant de pouvoir suivre leur exemple et devenir comme eux de vrais serviteurs, laissons-nous pénétrer par ce Divin Amour, transformer par Lui; donnons-Lui, sans restriction, ce merveilleux instrument qu'est notre organisme matériel. Il lui fera produire son maximum dans tous les plans d'activité.

Pour arriver à cette totale consécration de nous-même, tous les moyens sont bons, toutes les méthodes ont de la valeur. La seule chose tout à fait indispensable est la persévérance dans la volonté d'atteindre ce but. Car alors toutes les études que l'on fait, tous les actes que l'on accomplit, tous les êtres humains que l'on rencontre, viennent nous apporter une indication, une aide, une lumière pour nous guider sur le chemin.

Avant de terminer, pour ceux qui ont déjà fait beaucoup d'efforts infructueux en apparence, pour ceux qui ont fait connaissance avec les embûches sur la route et qui ont mesuré leur faiblesse, pour ceux qui risquent de perdre confiance et courage, j'ajouterai quelques pages. Destinées à réveiller l'espoir au cœur de ceux qui souffrent, elles ont été écrites par un travailleur spirituel au moment où toutes les épreuves fondaient sur lui comme des flammes purificatrices.

Vous qui êtes las, abattus, meurtris, vous qui tombez, qui vous croyez vaincus peut-être, écoutez la voix d'un ami; il connaît vos tristesses, il les a partagées, il a souffert, ainsi que vous, des maux de la terre; il a comme vous traversé des déserts sous le faix du jour, il sait ce que sont la soif et la faim, la solitude et l'abandon, le dénûment du cœur plus cruel que les autres ; hélas S il sait aussi ce que sont les heures de doute, il connaît les erreurs, les fautes, les défaillances, toutes les faiblesses.

Mais il vous dit : courage ! Écoutez la leçon que, chaque matin, apporte à la terre, dans ses premiers rayons, le soleil levant. C'est une leçon d'espérance, un message de consolation.

Vous qui pleurez, vous qui souffrez, vous qui tremblez, n'osant prévoir le terme de vos maux, l'issue de vos douleurs, regardez : Il n'est pas de nuit sans aurore, et l'aube se prépare quand l'ombre s'épaissit; il n'est pas de brouillard que le soleil n'efface, pas de nue qu'il ne dore, pas de pleur qu'il ne sèche un jour, pas d'orage après lequel ne rayonne son arc triomphal, il n'est de neige qu'il ne fonde, ni d'hiver qu'il ne change en printemps radieux.

Et pour vous non plus, il n'est pas d'affliction qui ne produise son poids de gloire, pas de détresse qui ne puisse être transformée en joie, de défaite en victoire, de chute en ascension plus haute, de solitude en foyer de vie, de désaccord en harmonie; parfois c'est le malentendu de deux esprits qui oblige deux cœurs à s'ouvrir pour communier; il n'est pas, enfin, d'infinie faiblesse qui ne puisse se changer en force. Et même c'est dans la faiblesse suprême qu'il plaît à la toute-puissance de se révéler!

Écoute, mon petit enfant, qui te sens aujourd'hui si brisé, si déchu peut-être, qui n'as plus rien, plus rien pour couvrir ta misère et nourrir ton orgueil, jamais encore tu n'as été plus grand ! Comme il est près des cimes, celui qui s'éveille dans les profondeurs, car plus l'abîme s'approfondit, plus les hauteurs aussi se révèlent!

Ne sais-tu pas cela, que les forces les plus sublimes des extensions cherchent pour se vêtir les voiles les plus opaques de la matière? Oh les noces splendides du souverain amour et des plus obscures plasticités, du désir de l'ombre avec la plus royale lumière!

Si l'épreuve ou la faute t'ont jeté bas, si tu as sombré dans quelque bas-fonds de souffrance, ne t'afflige point, car c'est là que pourront t'atteindre la divine tendresse et la suprême bénédiction! Parce que tu es passé au creuset de douleurs purificatrices, à toi les ascensions glorieuses.

Tu es au désert : eh bien, écoute les voix du silence. Le bruit des paroles élogieuses et des applaudissements du dehors avait réjoui ton oreille, mais les voix du silence réjouiront ton âme en éveillant en toi l'écho des profondeurs, le chant des harmonies divines!

Tu marches en pleine nuit. Eh bien, recueille les trésors sans prix de la nuit. Au grand soleil s'illuminent les routes de l'intelligence, mais dans la nuit, aux clartés blanches, se trouvent les sentiers cachés de la perfection, le secret des richesses spirituelles.

Tu suis la voie des dépouillements ; elle conduit vers la plénitude. Quand tu n'auras plus rien, tout te sera donné. Car pour ceux qui sont sincères et droits, c'est toujours du pire que sort le meilleur.

Chaque grain que l'on met en terre en produit mille. Chaque coup d'aile de la douleur peut être un essor vers la gloire.

Et quand l'adversaire s'acharne sur l'homme, tout ce qu'il fait pour l'anéantir le grandit.

Écoute l'histoire des mondes, regarde : le grand ennemi semble triompher. Il jette dans la nuit les êtres de lumière, et la nuit se remplit d'étoiles. Il s'acharne sur l'œuvre cosmique, il attente à l'intégrité de l'empire sphérique, rompt son harmonie, le divise et le subdivise, disperse sa poussière aux quatre vents de l'infini, et voici que cette poussière se change en semence dorée, fécondant l'infini et le peuplant de mondes qui, désormais, autour de leur centre éternel graviteront dans l'orbite élargie de l'espace; en sorte que la division même produit une unité plus riche et plus profonde, et multipliant les surfaces de l'univers matériel, agrandit l'empire qu'elle devait ruiner.

Il était beau, certes, le chant de la sphère primordiale bercée au sein de l'immensité; mais comme elle est plus belle encore et plus triomphale la symphonie des constellations, la musique des sphères, la chorale immense, remplissant les cieux d'un hymne éternel de victoire!

Écoute encore : nul état n'était plus précaire que celui de l'homme quand sur la terre il fut séparé de son origine divine. Au-dessus de lui s'étendait la frontière hostile de l'usurpateur, et aux portes de son horizon veillaient des geôliers armés d'épées flamboyantes.

Alors, comme il ne pouvait plus monter à la source de la vie, cette source jaillit en lui; comme il ne pouvait plus recevoir d'en haut la lumière, cette lumière resplendit au centre même de son être; comme il ne pouvait plus communier avec le transcendant amour, cet amour se fit holocauste et s'offrit, choisissant chaque être terrestre, chaque moi humain pour demeure et pour sanctuaire.

Voilà comment, dans cette matière méprisée mais féconde, désolée mais bénie, chaque atome renferme une pensée divine, chaque être porte en lui le Divin Habitant. Et si nul, dans tout l'univers, n'est aussi infirme que l'homme, nul non plus n'est aussi divin!

En vérité, en vérité, dans l'humiliation se trouve le berceau de la gloire !

28 avril 1912

samedi 15 août 2009

samedi 1 août 2009

Agenda du 18 juin 1965

Tu te souviens de ce que j'avais dit? que ce serait un «corps physique amélioré» – improved – qui ferait la transition entre le corps humain et le corps supramental ?... Sri Aurobindo m'a dit à sa manière, la nuit dernière, que c'était cela, que c'était vrai. C'était très intéressant. Très intéressant.

La nuit dernière, pendant longtemps, nous allions dans toutes sortes d'endroits que je ne connais pas: des villes, des campagnes, des forêts, etc. Ça a duré très longtemps. Et une fois, nous étions là, près d'une forêt (près d'une route qui traversait une forêt) et nous étions occupés, nous «parlions», lorsque, tout d'un coup, il se lève d'un bond... Tu sais, pour ainsi dire, il n'a jamais d'habits; je l'avais vu une première fois dans sa maison (sa maison supramentale), dans le physique subtil, et il était sans habits; mais c'est une espèce de matière vibrante: c'est très matériel, c'est très concret, et c'est une espèce de couleur qui n'en est pas une, qui est un peu dorée et qui est radiante – ça ne jette pas de rayons, mais ça vibre d'une lumière radiante.

Et au moins neuf fois sur dix, il est comme cela; généralement, quand nous sommes ensemble pour du travail, il est comme cela. Il était comme cela la nuit dernière. Alors j'étais occupée (nous avions arrangé quelque chose et j'étais occupée) lorsque, tout d'un coup, je le vois qui se lève d'un bond et qui fait un cent mètres, a dash-race. J'ai eu d'abord un choc, je me suis dit comment ?! Et très facilement, n'est-ce pas: il est parti comme une flèche, puis il s'est arrêté quelques minutes, puis il est revenu en courant. Puis encore il s'est arrêté, puis il est parti une troisième fois on a dash-race (dans une course de vitesse ): les cent mètres que l'on fait. Mais la troisième fois, il était devenu grand et un corps mince. Devenu grand, comme si c'était pour me démontrer: comme cela, le corps se transformera. Il était devenu très grand, très fort. C'était très intéressant et tout à fait inattendu.

Et la seconde fois, il était plus fort que la première; et la troisième fois, il était magnifique: un grand être superbe avec cette substance vibrante, radiante. Et une course! des bonds! c'était fantastique. La dernière fois, c'était fantastique, comme s'il ne touchait pas le sol. Nous «parlons» très-très rarement. Quelquefois il me dit une chose, mais c'est avec une portée spéciale et dans un but spécial – nous nous comprenons sans paroles. Là, il n'a rien dit, mais j'ai compris. Cela faisait partie d'une très longue activité, mais cette chose m'a frappée beaucoup parce que c'était comme la réponse ( à ce que je disais il y a quelque temps ), il disait: «Oui, c'est vrai, tu as raison, c'est comme cela.» Et ce changement du corps entre les trois fois: la première fois, il était comme je l'ai connu mais plus jeune et plus alerte; et la seconde fois, il était déjà plus fort; et la troisième fois, il était magnifique.

Je voulais te raconter ça. C'est tout.
Maintenant, toi, qu'est-ce que tu as à me dire ? (silence) Bien, je ne parle plus !

Il reste toujours la question que je t'avais posée à ce même propos: je vois mal comment le corps supramental, qui est d'une substance très matérielle mais quand même d'une substance différente...

Ah! à ce sujet, j'ai eu une autre expérience il y a quelques jours... Tu sais que l'on parle d'une substance «plus dense» que la substance physique... Comment appellent-ils cela ?... (Mère cherche en vain.) Théon en avait déjà parlé, mais je croyais que c'était son imagination. Mais on m'a dit que, scientifiquement, cela a été découvert et que la quantité de cette «matière plus dense» semble AUGMENTER.

Comment appellent-ils cela ? Il y a un nom. Je ne me souviens plus mais il y a quelque temps, un ou deux mois, quelqu'un venant de France m'a dit que, maintenant, on semble dire dans les milieux scientifiques que cette matière plus dense que la matière physique paraît augmenter en quantité sur la terre – ce serait extrêmement intéressant.

Théon, lui, disait que le corps glorieux serait fait d'une matière plus dense que la matière physique, mais avec des qualités que la matière physique n'a pas. Et en effet, elle a des qualités, paraît-il, que la Matière n'a pas: comme l'élasticité, par exemple. Eh bien, il y a quelques nuits (je ne me souviens plus quand), j'étais dans un endroit où l'on avait rassemblé une sorte de substance qui était d'un gris pâle et qui ressemblait à de l'argile diluée (c'est-à-dire une pâte). Et élastique, (riant) gluant ! Et c'était comme du ciment dilué, mais très pâle, d'un gris perle très joli, et collant: ça se tirait comme du chewing-gum! Et alors, il y avait un certain nombre de gens qui s'étaient rassemblés pour prendre des bains de cette substance. Il y en avait qui se traînaient là-dedans avec délice ! ils se barbouillaient partout, et ça collait ! Et moi-même...

Une fois que l'on était là, on était obligé de se tremper dedans, plus ou moins: c'était comme si, même dans l'air, il y en avait; on ne pouvait pas ne pas en avoir, mais il y avait une dame qui prenait très grand soin de moi pour que ce ne soit pas trop incommode: je me souviens que j'avais une espèce de vêtement lumineux, blanc et rouge (blanc avec des ornements rouges), dans lequel je m'enveloppais pour que ça ne me colle pas après. Mais je regardais ça, et j'ai vu, par exemple, notre Purani qui se vautrait là-dedans, qui glissait avec délice! tout ruisselant de cette boue. Et tout le monde était dans cette boue. Seulement, c'était une boue gris perle d'une très jolie couleur, mais c'était collant! Et le matin, quand je me suis réveillée, je me suis dit: ce doit être la nouvelle substance qui est en préparation – qui n'est pas encore complète mais en préparation.

Il y avait des détails tout à fait amusants : c'était arrangé comme les établissements d'eaux thermales, tu sais, dans les grands endroits chics. C'était comme cela. Et on venait là prendre des bains de ça. Comment appellent-ils cela ?... Pavitra saurait le nom. Je connaissais: Théon lui avait donné le nom qu'on lui donne maintenant. Mais je ne me souviens plus. Une matière plus dense que la Matière physique. Mais élastique. Et probablement une matière qui subirait quelques transformations, je ne sais pas. Peut-être que cette cape que je mettais sur moi était le symbole de... C'était blanc avec des fils d'or et des broderies rouges (c'était très beau) et je m'enveloppais avec ça de sorte que cette boue n'était pas gênante. C'était le symbole de quoi ? De la force qui transformera ça en une substance acceptable. (silence)

Probablement, la conscience qui saura utiliser cette substance (de même qu'il y a eu une conscience qui a su utiliser la substance corporelle) saura en faire quelque chose que l'on peut employer. Parce que nous y sommes habitués, mais il est évident que c'est une espèce de super-chimie qui a fait cette matière corporelle. Cela nous paraît tout naturel, mais ça n'a pas toujours été comme cela – il y a du chemin entre la méduse, par exemple, et puis ce corps.

J'avais l'impression d'une substance qui doit être soumise à un travail d'adaptation, de transformation, d'utilisation, et qui servirait de forme extérieure à l'être supramental. J'ai l'impression que Sri Aurobindo a déjà sa forme supramentale subtile. Par exemple, pour les déplacements, on n'a pas l'impression qu'il soit soumis aux mêmes lois que nous; seulement comme c'est subtil, ça ne paraît pas étonnant. Et aussi une sorte d'ubiquité: il est à plusieurs endroits en même temps. Et une plasticité, une adaptabilité suivant le travail qu'il veut faire, les gens qu'il rencontre.

Je me rends très bien compte dans ces activités que, moi, je le vois ( Sri Aurobindo ) d'une certaine façon, mais je pense que les autres ne le voient pas comme cela – ils le voient différemment, probablement avec des habits. Quand il a couru dans la forêt, nous étions tout seuls, et c'était une grande forêt où il n'y avait personne; et puis quelques minutes plus tard, nous étions à un autre endroit et il y avait du monde, d'autres gens à qui il parlait, et je n'avais pas du tout l'impression que les autres le voyaient sans habits: ils devaient le voir avec un habit. Je l'ai vu une fois, il y a assez longtemps: je t'ai raconté l'histoire de son bateau, justement d'argile.

De glaise.

De glaise, oui.

De glaise rose.

Oui, c'est une sorte de glaise, c'était une glaise rose. Eh bien, à ce moment-là, il semblait habillé. N'est-ce pas, ça n'a pas la fixité de notre matière. C'était comme cette vision du «bateau supramental» où l'on était habillé par sa volonté propre. Mais dans mes activités de la nuit, c'est tout à fait naturel, je n'y pense pas – je ne suis pas là à observer avec le petit entendement imbécile de l'habitude, tout cela est tout à fait naturel. Voilà, on a assez bavardé !

(Sujata:) Et toi aussi, la nuit, tu es grande.

Je n'entends pas, mon petit, je suis dans mon nuage !

(Sujata répète:) La nuit, quand on te voit, tu as l'air grande.

Mais oui ! ah ! ça, je sais! tous les gens me paraissent petits, et c'est seulement comme cela que je me rends compte – je ne sais pas que je suis grande, mais ils me paraissent petits. Je suis grande.

(Sujata:) Tu as au moins cette hauteur (Sujata désigne le plafond de 4,50 m environ).

Oui, j'ai remarqué: souvent je regarde les gens comme cela (Mère se penche par-dessus son fauteuil). Mais c'est tout à fait naturel, je n'ai pas le sentiment d'être grande. (silence). Cette nuit, il y avait un moment où nous avions préparé un certain nombre de choses qui étaient, à la fois, comme de la nourriture, des remèdes et un moyen de transformer la Matière. Ça avait des couleurs différentes, c'était dans des éprouvettes, et il expliquait tout cela. Mais ce n'est pas la première fois: c'est arrivé très souvent. Et alors, le plus beau de l'affaire, c'est que quand je me réveille, tous les détails précis sont balayés immédiatement! comme si je sentais une main qui venait, qui prenait et qui enlevait – exprès.

Mais je me souviens, j'ai encore l'image où il est avec ses éprouvettes à montrer des choses. Il y avait un homme... qui avait l'air d'un savant (un homme d'une quarantaine d'années environ, entre quarante et cinquante ans, jeune, mais pas jeunet) et qui avait l'air très réfléchi. Il était assis. Je ne sais pas de quelle nationalité il est, je ne me souviens pas, mais c'était un moderne; il était moderne, avec des vêtements modernes, et Sri Aurobindo lui montrait ses éprouvettes avec des choses dedans et l'effet sur un ensemble de matière.

Moi, j'étais là, je voyais ça (je regardais avec beaucoup d'intérêt), et à ce moment-là, je comprenais tout. Et je vois encore l'image, mais la connaissance mentale, la traduction mentale qui aurait fait que je pourrais me dire : «Maintenant, je sais», prrt ! enlevée. Chaque fois, c'est la même chose. C'est-à-dire que ce doit être donné à d'autres gens qu'à moi pour qu'ils l'utilisent, parce qu'ils ont un cerveau plus préparé que le mien, probablement, et des conditions de recherche meilleures.

Il est évident que le travail est en train de se faire. (silence) Encore autre chose, hier... quelque chose qui est en train de se préparer... Dans le temps, quand Sri Aurobindo était là et que j'habitais cette maison qui est maintenant le «dortoir annexe», il y avait une grande véranda; je me promenais de long en large dans la véranda (Sri Aurobindo était dans sa chambre, il travaillait), et je me promenais toute seule; mais je n'étais jamais seule: il y avait toujours Krishna – Krishna, le dieu Krishna tel qu'on le connaît, mais plus grand, plus beau, et pas de ce bleu ridicule, n'est-ce pas, bleu faïence ! pas comme cela.

Et toujours-toujours, nous nous promenions de long en large ensemble – on se promenait ensemble. Il était juste un tout petit peu en arrière (geste derrière et presque contre la nuque et les épaules) moi, j'étais un tout petit peu en avant, comme si j'avais ma tête sur son épaule, et il se promenait (mais je n'avais pas le sentiment d'avoir ma tête sur son épaule, mais c'était comme cela), et nous nous promenions, nous communiquions. Cela a duré plus d'un an, n'est-ce pas, tous les jours. Puis ça a été fini. Je l'ai vu de temps en temps (quand nous avons déménagé, je l'ai vu); la nuit quelquefois quand j'étais très fatiguée, il venait et je dormais sur son épaule.

Et alors je savais très bien que c'était une manière de Sri Aurobindo de se montrer. Puis, quand je suis venue ici ( dans cette chambre ), Sri Aurobindo était parti, et j'ai commencé à me promener de long en large en récitant mon mantra. Et Sri Aurobindo est venu, et il était exactement à la place où était Krishna (même geste, juste derrière la tête), et je me promenais et il était là, et nous nous promenions ensemble jour après jour, jour après jour.

Et ça devenait tellement concret, tellement merveilleux que j'ai commencé à me dire: «Pourquoi m'occuper des gens, des choses, je veux être comme cela toujours!...» Il a attrapé ça, puis il m'a dit: «Je ne viens plus.» Et il a arrêté. J'ai dit: «C'est bon», et j'ai commencé mon mantra au Seigneur suprême, et j'ai beaucoup essayé qu'il vienne se promener avec moi, mais sous aucune autre forme : Lui-même.

Et la Force, la Présence, tout était là, et je Le sentais de plus en plus, de plus en plus clairement, se tenant comme cela, juste derrière moi, impersonnel. Depuis quelques jours, j'avais une espèce de sentiment que j'étais proche de quelque chose; et hier pendant une demi-heure: LA Présence – une Présence... Une présence absolument concrète. Et c'est Lui qui m'a dit: «D'abord Krishna, puis Sri Aurobindo, puis Moi.»

Seulement (riant), Il ne veut pas que l'effet soit le même et que je dise: «Maintenant, assez des gens» !

vendredi 10 juillet 2009

Méthodes dans le Yoga

Trouver le Divin est en réalité la raison principale de rechercher la Vérité spirituelle et la vie spirituelle; c'est la seule chose indispensable et sans elle tout le reste n'est rien.

Une fois que l'on a trouvé le Divin, il faut Le manifester, c'est-à-dire transformer tout d'abord notre conscience limitée en la Conscience divine, vivre dans la Paix, la Lumière, l'Amour, la Force, la Félicité infinis, devenir tout cela dans notre nature essentielle et, en conséquence, en être le réceptacle, le canal, l'instrument dans notre nature active.

Introduire dans l'activité le principe de l'unité sur le plan matériel, ou travailler pour l'humanité, est une interprétation mentale erronée de la Vérité: tel ne peut pas être le premier et le véritable but de la quête spirituelle.

Il nous faut trouver le Moi, le Divin; alors seulement nous pourrons savoir quel travail le Moi ou le Divin exige de nous. Jusque là, notre action dans la vie ne peut être qu'une aide ou un moyen pour trouver le Divin et ne devrait pas avoir d'autre raison d'être.

À mesure que nous grandissons dans la conscience intérieure, ou à mesure que la Vérité spirituelle du Divin croît en nous, notre vie et notre action doivent en effet découler de plus en plus de cette recherche, faire corps avec elle. Mais décider par avance, selon nos conceptions mentales limitées, de ce qu'elles doivent être, entrave la croissance en nous de la Vérité spirituelle.

À mesure que celle-ci grandira, nous sentirons la Lumière et la Vérité divines, la Puissance et la Force divines, la Pureté et la Paix divines travailler en nous, se charger de nos actions et aussi de notre conscience, les utilisant pour nous remodeler à l'Image du Divin, éliminant les scories pour y substituer l'or pur de l'Esprit. C'est seulement quand la Divine Présence sera permanente en nous et que la conscience sera transformée que nous aurons le droit de nous dire prêts à manifester le Divin sur le plan matériel.

Si nous érigeons un idéal ou un principe mental et l'imposons au travail intérieur, nous courons le risque de nous limiter à une réalisation mentale ou d'entraver et même de fausser, par une formation arrêtée à mi-chemin, la véritable croissance vers une communion et une unité totales avec le Divin et le jaillissement libre et intime de Sa volonté dans notre vie. Le mental moderne est particulièrement sujet à cette erreur d'orientation.

Il est infiniment préférable d'aborder le Divin pour la Paix, la Lumière ou la Félicité que donne Sa réalisation que de faire intervenir ces mobiles secondaires qui peuvent nous détourner de la seule chose indispensable.

La divinisation de la vie matérielle, tout autant que celle de la vie intérieure, fait partie de notre vision du Plan divin, mais elle ne peut être accomplie que par un jaillissement de la réalisation intérieure, quelque chose qui croît du dedans vers le dehors, non par la mise en œuvre d'un principe mental.

Vous m'avez demandé quelle discipline il fallait suivre pour convertir la recherche mentale en une expérience spirituelle vivante. La première nécessité est de pratiquer la concentration de votre conscience au-dedans de vous. Le mental humain ordinaire a, en surface, une activité qui voile le vrai Moi.

Mais il y a une autre conscience, cachée au-dedans derrière la conscience de surface, où nous pouvons acquérir la perception du vrai Moi et d'une vérité plus vaste et plus profonde de la nature, où nous pouvons réaliser le Moi, libérer la nature et la transformer. Tranquilliser le mental de surface et commencer à vivre au-dedans est le but de cette concentration. Cette conscience véritable, distincte de la conscience de surface, a deux centres principaux, l'un dans le cœur (non pas le cœur physique, mais le centre cardiaque au milieu de la poitrine), l'autre dans la tête.

Par la concentration dans le cœur on s'ouvre vers le dedans et en poursuivant cette ouverture intérieure, en pénétrant profondément, on devient conscient de l'âme ou être psychique, de l'élément divin dans l'individu. Cet être dévoilé commence à venir au premier plan, à gouverner la nature, à l'orienter, elle et tous ses mouvements, vers la Vérité, vers le Divin, et à appeler en elle tout ce qui est au-dessus. Il apporte la conscience de la Présence, la consécration de l'être au Suprême, il fait descendre dans notre nature une Force, une Conscience plus grande qui attendait au-dessus de nous.

La concentration dans le centre du cœur, accompagnée de l'offrande de soi au Divin et de l'aspiration à cette ouverture intérieure et à la Présence dans le cœur, est le premier mode de concentration et, si on peut le pratiquer, c'est un début naturel; car son résultat, une fois acquis, rend le chemin spirituel beaucoup plus aisé et sûr que si l'on commence d'une autre manière.

Cette autre manière consiste à se concentrer dans la tête, dans le centre mental. Si elle apporte le silence dans le mental de surface, elle ouvre au-dedans un mental intérieur plus vaste et plus profond qui est davantage capable de recevoir l'expérience et la connaissance spirituelles. Mais une fois que l'on est concentré à cet endroit, il faut ouvrir la conscience mentale silencieusement vers le haut à tout ce qui est au-dessus du mental.

Après un certain temps, on sent la conscience s'élever au-dessus; elle monte enfin au-delà du couvercle qui l'a si longtemps tenue enfermée dans le corps et trouve au-dessus de la tête un centre où elle se libère dans l'Infini. Là, elle commence à entrer en contact avec le Moi universel, la Paix, la Lumière, le Pouvoir, la Connaissance, la Béatitude du Divin, à y pénétrer, à devenir tout cela et à en sentir la descente dans la nature.

Se concentrer dans la tête en aspirant à la tranquillité du mental et à la réalisation du Moi et du Divin au-dessus est le deuxième mode de concentration. Il est important, cependant, de se souvenir que la concentration de la conscience dans la tête n'est qu'une préparation à l'ascension de cette conscience vers le centre qui se trouve au-dessus; autrement on peut rester enfermé dans son propre mental et ses expériences ou, au mieux, atteindre seulement un reflet de la Vérité qui est au-dessus au lieu de monter dans la transcendance spirituelle pour y vivre.

Pour certains la concentration mentale est plus facile, pour d'autres c'est la concentration dans le centre du cœur; certains sont capables de faire les deux alternativement, mais il est préférable, si l'on en est capable, de commencer par le centre du cœur.

L'autre aspect de la discipline concerne les activités de la nature, du mental, du moi-de-vie ou vital, de l'être physique. Ici le principe consiste à harmoniser la nature à la réalisation intérieure afin de ne pas être divisé en deux parties discordantes. Plusieurs disciplines ou méthodes sont possibles.

Dans l'une on offre toutes les activités au Divin, on appelle le guide intérieur et on demande que la nature soit prise en charge par un Pouvoir supérieur. Si l'on est ouvert à l'âme au-dedans, si l'être psychique vient au premier plan, alors il n'y a pas grande difficulté: cet état s'accompagne d'une discrimination psychique, d'une indication constante, et enfin d'une direction qui révèle toutes les imperfections et, tranquillement et patiemment, les élimine, introduit dans le mental et le vital les mouvements justes et donne aussi une forme nouvelle à la conscience physique.

Une autre méthode consiste à faire un pas en arrière en se détachant des mouvements de l'être mental, vital et physique, à ne considérer leurs activités que comme une formation habituelle de la Nature générale dans l'individu, formation qui nous est imposée par les fonctionnements du passé et qui ne fait nullement partie de notre être vrai.

Dans la mesure où nous réussissons, où nous nous détachons, où nous voyons le mental et ses activités comme n'étant pas nous, la vie et ses activités comme n'étant pas nous, le corps et ses activités comme n'étant pas nous, nous commençons à percevoir un Être intérieur en nous - mental intérieur, vital intérieur, physique intérieur - silencieux, calme, non lié, non attaché, qui reflète le vrai Moi au-dessus et peut être son représentant direct.

De cet Être intérieur silencieux proviennent le rejet de tout ce qui doit être rejeté, l'acceptation de ce qui peut être gardé et transformé à l'exclusion du reste, une Volonté profonde qui tend vers la perfection ou un appel au Pouvoir divin pour qu'il fasse à chaque pas ce qui est nécessaire à la transformation de la nature. Cet Être intérieur peut aussi ouvrir le mental, la vie et le corps à l'entité psychique intérieure et à son influence qui nous guide, ou à son gouvernement direct.

Dans la plupart des cas ces deux méthodes apparaissent simultanément et vont de pair, puis finissent par se fondre en une seule. Mais on peut commencer par l'une ou par l'autre, celle que l'on trouve la plus naturelle et la plus facile à suivre.

Enfin, dans toutes les difficultés où l'effort personnel est entravé, l'Instructeur peut intervenir et apporter l'aide nécessaire pour nous faire parvenir à la réalisation ou pour nous faire franchir la prochaine étape.

samedi 20 juin 2009

Une vision de Mère

J’ai dormi et maintenant voilà que je suis éveillée. J’ai dormi sur les eaux qui sont à l’ouest, et maintenant je pénètre dans l’océan pour en connaître les profondeurs. Sa surface est verte comme le béryl, argentée par les rayons de la lune. En dessous, l’eau est bleue comme le saphir et légèrement lumineuse déjà.

Je me suis couchée sur des ondulations qui sont comme les rides de la moire et je descends, bercée d’une ondulation à l’autre par un mouvement régulier et doux, emportée en ligne droite vers l’ouest. A mesure que je descends, l’eau devient plus lumineuse; de grands courants argentés la traversent. Et pendant longtemps je descends ainsi, bercée d’ondulation en ondulation, toujours et toujours plus profondément.

Tout à coup, en regardant au-dessus de moi, j’aperçois quelque chose de rose, je m’approche et je distingue un buisson semblable au corail, aussi gros qu’un arbre, accroché à un rocher bleu. Les habitants des eaux vont et viennent, innombrables et divers.

Maintenant je me tiens debout sur le sable fin et brillant. Je regarde autour de moi avec admiration. Il y a des montagnes et des vallées, des forêts fantastiques, des fleurs étranges qui pourraient bien être des animaux, et des poissons qu’on pourrait prendre pour des fleurs – il n’y a aucune séparation, aucun vide entre les êtres stationnaires et les non-stationnaires.

Partout des couleurs, douces ou vives et chatoyantes, mais toujours raffinées et en accord. Je marche sur du sable d’or et contemple toutes ces beautés qui sont baignées d’une douce radiance bleu pâle dans laquelle circulent de toutes petites sphères lumineuses rouges, vertes ou dorées.

Qu’elles sont merveilleuses les profondeurs de la mer ! partout on y sent la présence de Celui en qui résident toutes les harmonies ! J’avance toujours vers l’ouest, sans fatigue ni lenteur. Les spectacles se succèdent dans leur incroyable variété.

Voici sur un rocher de lapis-lazuli, des algues fines et délicates, telles de longues chevelures blondes ou violettes ; voici de grandes murailles roses toutes lamées d’argent ; voici des fleurs qui semblent taillées dans des diamants énormes; voici des coupes aussi belles que si elles étaient l’œuvre du plus habile ciseleur ; elles contiennent ce qui paraît être des gouttes d’émeraude ayant des pulsations alternées d’ombre et de lumière.

Maintenant je me suis engagée sur un chemin sablé d’argent entre deux parois de rocher aussi bleues qu’un bleu saphir, l’eau devient de plus en plus pure et lumineuse. Brusquement, à un tournant du chemin, je me trouve devant une grotte qui semble être de cristal ouvragé, toute scintillante de radiance prismatique.

Entre deux colonnes irisées, se tient un être de grande taille ; sa tête, celle d’un tout jeune homme, est encadrée de courtes boucles blondes, ses yeux sont verts comme la mer ; il est vêtu d’une tunique bleu clair et sur ses épaules se trouvent, en guise d’ailes, de grandes nageoires blanches comme la neige. En me voyant, il se range contre une colonne pour me laisser passer. A peine ai-je franchi le seuil qu’une mélodie exquise vient frapper mes oreilles.

Ici l’eau est toute irisée, le sol est sablé de perles nacrées, le parvis et la voûte d’où pendent de gracieuses stalactites sont comme de l’opale ; des parfums délectables sont partout répandus, des galeries, des niches, des recoins s’ouvrent de tous côtés, mais droit devant moi j’aperçois une grande lumière et c’est vers elle que je me dirige.

Ce sont de larges rayons d’or, d’argent, de saphir, d’émeraude, de rubis ; ces rayons prennent tous naissance à un point trop éloigné de moi pour que je puisse distinguer ce qu’il est et s’épanouissent dans toutes les directions, je me sens attirée vers leur centre par une puissante attraction.

Maintenant je vois d’où émanent les rayons, je vois un ovale de lumière blanche entouré d’un superbe arc-en-ciel. L’ovale est couché, et je sentiente que celui que la lumière cache à ma vue est plongé dans un repos profond. Longtemps je reste à la limite extérieure de l’arc-en-ciel, tâchant de percer la lumière et de voir celui qui dort entouré d’une telle splendeur.

Ne pouvant rien distinguer ainsi, je pénètre dans l’arc-en-ciel, puis dans l’ovale blanc et lumineux ; alors je vois un être merveilleux : il est étendu sur ce qui semble un amas de blanc duvet, son corps souple, d’une beauté incomparable, est vêtu d’une longue robe blanche. Je ne puis voir, de sa tête reposant sur son bras replié, que ses longs cheveux de la couleur du blé mûr, qui flottent sur ses épaules. Une grande et douce émotion m’envahit à ce magnifique spectacle, et aussi une profonde révérence.

Le dormeur a-t-il sentienté ma présence ? Voilà qu’il s’éveille et qu’il se lève en toute sa grâce et sa beauté. Il se tourne vers moi et ses yeux rencontrent les miens, des yeux mauves et lumineux qui ont une expression de douceur, de tendresse infinie. Sans bruit de mots, il me souhaite une pathétique bienvenue, à laquelle tout mon être répond joyeusement, puis me prenant par la main, il me conduit à la couche qu’il vient de quitter.

Je m’étends sur cette blancheur duveteuse, et le visage harmonieux se penche au-dessus de moi; un doux courant de force me pénètre toute, allant vitaliser, revivifier chaque cellule.

Alors, entourée des couleurs splendides de l’arc-en-ciel, enveloppée par les mélodies berceuses et les parfums exquis, sous le regard si puissant et si tendre, je me suis endormie dans un repos béatifique. Et pendant mon sommeil j’appris beaucoup de choses belles et utiles.

De toutes ces choses merveilleuses que je compris sans bruit de paroles, j’en mentionnerai une seulement. Partout où est la beauté, partout où est la radiance, partout où est la progression vers le perfectionnement, que ce soit dans le Ciel des hauteurs ou celui des profondeurs, partout assurément se trouve l’être dans la forme et à la similitude de l’homme, l’homme le suprême évoluteur terrestre.

Extrait de la «Revue Cosmique» de 1906

jeudi 4 juin 2009

Prière du 11 janvier 1914

À chaque minute tout l'imprévu, l'inattendu, l'inconnu est devant nous, à chaque minute l'univers se recrée dans sa totalité et dans chacune de ses parties. Et si nous avions une foi vraiment vivante, si nous avions cette certitude absolue de Ta toute-puissance et de Ton unique réalité, Ta manifestation pourrait à chaque minute se faire si évidente que tout l'univers en serait transformé. Mais nous sommes tellement esclave de tout ce qui nous entoure et nous a précédé, nous sommes si déterminés par tout l'ensemble de ce qui est manifesté, et notre foi est si faible que nous sommes incapables encore de servir d'intermédiaires au grand miracle de la transfiguration ...

Mais, Seigneur, je sais que cela viendra un jour. Je sais qu'un jour viendra où Tu transformeras tous ceux qui nous approcheront ; Tu les transformeras si radicalement que, libérés totalement des liens du passé, ils commenceront à vivre en Toi d'une vie toute nouvelle, une vie uniquement faite de Toi, dont Tu seras le souverain Seigneur. Et ainsi tous les troubles seront transformés en sérénité, toutes les angoisses en paix, tous les doutes en certitudes, toutes les laideurs en harmonies, tous les égoïsmes en dons de soi, toutes les obscurités en lumière et toutes les souffrances en immuable bonheur.

Mais n'accomplis-Tu pas déjà ce beau miracle ? Je le vois partout fleurir autour de nous.

Oh ! divine loi d'amour et de beauté, suprême libératrice, il n'est aucun obstacle à Ta puissance. Seul notre aveuglement nous prive du réconfortant spectacle de Ta constante victoire.

Mon cœur chante un hymne d'allégresse, et ma pensée s'illumine de joie.

Ton transcendant, Ton merveilleux amour est le souverain Maître du monde.