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dimanche 26 septembre 2010

Consécration

Si l'on voulait le Divin, le Divin lui-même se chargerait de purifier le cœur, de faire avancer la sâdhanâ et de donner les expériences nécessaires; cela peut arriver et il en est ainsi lorsqu'on a envers le Divin un sentiment de certitude confiante et la volonté de se consacrer.

Pour que le Divin se charge de la sâdhanâ, il faut en effet se placer entre ses mains au lieu de se fier seulement à ses propres efforts; il faut faire confiance au Divin et se donner à lui de plus en plus. C'est en fait ce principe que j'ai appliqué dans ma propre sâdhanâ et c'est le processus central du yoga tel que je l'envisage. C'est aussi, je suppose, ce que Sri Râmakrishna voulait dire par sa métaphore du petit chat. Mais tous ne peuvent suivre cette méthode dès le début: il leur faut du temps pour y accéder; elle se développe surtout quand le mental et le vital sont calmés.

Par consécration, j'entends la consécration intérieure du mental et du vital. Il y a aussi, évidemment, la consécration extérieure, l'abandon de tout ce qui se trouve en conflit avec l'esprit ou les nécessités de la sâdhanâ, l'offrande, l'obéissance au Divin Guide, que ce soit directement - lorsqu'on a atteint ce stade - ou par l'intermédiaire du psychique, ou encore en suivant les conseils du Gourou. Je dois dire que le prâyopavéshana (jeûne prolongé) n'a rien à voir avec la consécration: c'est une forme de tapasyâ d'un genre très austère et, à mon avis, très excessif et souvent dangereux.


Le cœur de la consécration intérieure est la confiance en le Divin et le sentiment de certitude qui l'accompagne. L'attitude à prendre est :

"Je veux le Divin et rien d'autre. Je veux me donner entièrement à Lui et puisque c'est ce que veut mon âme, je le rencontrerai et le réaliserai: il ne peut en être autrement. Je ne demande rien de plus sinon qu'il agisse en moi pour m'amener à Lui par une action cachée ou visible, voilée ou manifeste. Je n'insiste pas pour que cela arrive à mon heure et à ma manière; qu'il fasse tout à sa manière et à son heure; je croirai en Lui, j'accepterai sa volonté, j'aspirerai sans relâche à sa lumière, à sa présence, à sa joie, j'irai à travers toutes les difficultés, tous les retards, m'en remettant à Lui, n'abandonnant jamais. Que mon mental soit calme, qu'il fasse confiance au Divin et lui permette de l'ouvrir à sa Lumière; que mon vital soit tranquille et se tourne vers Lui seul, qu'il lui permette de l'ouvrir à son calme et à sa joie. Tout pour Lui et moi pour Lui. Quoi qu'il arrive, je me tiendrai à cette aspiration et à ce don de moi-même et je continuerai, m'en remettant à lui, parfaitement confiant que tout sera fait."

Telle est l'attitude que l'on doit adopter peu à peu; car elle ne saurait être parfaite d'un seul coup: les mouvements du mental et du vital interviennent, mais si l'on garde la volonté d'y parvenir, elle grandira dans l'être. Pour le reste il surfit d'obéir à la Direction quand elle se manifeste, sans permettre aux mouvements du vital et du mental d'y faire obstacle.

Je ne prétends pas que cette voie soit la seule ni que la sâdhanâ ne puisse pas être faite autrement: il y a bien d'autres manières d'approcher le Divin; mais c'est la seule que je connaisse où le fait que le Divin se charge de la sâdhanâ devienne perceptible avant même que la préparation de la nature soit achevée.

Dans d'autres méthodes l'action du Divin peut être sentie par moments, mais elle reste la plupart du temps derrière le voile jusqu'à ce que tout soit prêt. Certaines sâdhanâ ne reconnaissent pas l'action divine: tout doit se faire par tapasyâ. La plupart d'entre elles combinent les deux; la tapasyâ finit par appeler l'aide et l'intervention directes. L'idée et l'expérience d'un Divin qui fait tout appartiennent à un yoga fondé sur la consécration. Mais quel que soit le chemin suivi, la seule chose à faire est d'y être fidèle et d'aller jusqu'au bout.

Le Divin peut tout faire, purifier le cœur et la nature, éveiller la conscience intérieure, retirer les voiles, si l'on se donne à Lui avec confiance; et même si l'on ne peut pas le faire complètement dès le début, plus on le fait, plus l'aide et la direction intérieures viennent et plus l'expérience intérieure du Divin s'accroît. Si le mental questionneur devient moins actif et qu'augmentent l'humilité et la volonté de se soumettre à Lui, cela devrait être tout à fait possible. Aucune autre force, aucune autre tapasyâ n'est alors nécessaire: celle-ci suffit.

Sri Aurobindo

vendredi 10 juillet 2009

Méthodes dans le Yoga

Trouver le Divin est en réalité la raison principale de rechercher la Vérité spirituelle et la vie spirituelle; c'est la seule chose indispensable et sans elle tout le reste n'est rien.

Une fois que l'on a trouvé le Divin, il faut Le manifester, c'est-à-dire transformer tout d'abord notre conscience limitée en la Conscience divine, vivre dans la Paix, la Lumière, l'Amour, la Force, la Félicité infinis, devenir tout cela dans notre nature essentielle et, en conséquence, en être le réceptacle, le canal, l'instrument dans notre nature active.

Introduire dans l'activité le principe de l'unité sur le plan matériel, ou travailler pour l'humanité, est une interprétation mentale erronée de la Vérité: tel ne peut pas être le premier et le véritable but de la quête spirituelle.

Il nous faut trouver le Moi, le Divin; alors seulement nous pourrons savoir quel travail le Moi ou le Divin exige de nous. Jusque là, notre action dans la vie ne peut être qu'une aide ou un moyen pour trouver le Divin et ne devrait pas avoir d'autre raison d'être.

À mesure que nous grandissons dans la conscience intérieure, ou à mesure que la Vérité spirituelle du Divin croît en nous, notre vie et notre action doivent en effet découler de plus en plus de cette recherche, faire corps avec elle. Mais décider par avance, selon nos conceptions mentales limitées, de ce qu'elles doivent être, entrave la croissance en nous de la Vérité spirituelle.

À mesure que celle-ci grandira, nous sentirons la Lumière et la Vérité divines, la Puissance et la Force divines, la Pureté et la Paix divines travailler en nous, se charger de nos actions et aussi de notre conscience, les utilisant pour nous remodeler à l'Image du Divin, éliminant les scories pour y substituer l'or pur de l'Esprit. C'est seulement quand la Divine Présence sera permanente en nous et que la conscience sera transformée que nous aurons le droit de nous dire prêts à manifester le Divin sur le plan matériel.

Si nous érigeons un idéal ou un principe mental et l'imposons au travail intérieur, nous courons le risque de nous limiter à une réalisation mentale ou d'entraver et même de fausser, par une formation arrêtée à mi-chemin, la véritable croissance vers une communion et une unité totales avec le Divin et le jaillissement libre et intime de Sa volonté dans notre vie. Le mental moderne est particulièrement sujet à cette erreur d'orientation.

Il est infiniment préférable d'aborder le Divin pour la Paix, la Lumière ou la Félicité que donne Sa réalisation que de faire intervenir ces mobiles secondaires qui peuvent nous détourner de la seule chose indispensable.

La divinisation de la vie matérielle, tout autant que celle de la vie intérieure, fait partie de notre vision du Plan divin, mais elle ne peut être accomplie que par un jaillissement de la réalisation intérieure, quelque chose qui croît du dedans vers le dehors, non par la mise en œuvre d'un principe mental.

Vous m'avez demandé quelle discipline il fallait suivre pour convertir la recherche mentale en une expérience spirituelle vivante. La première nécessité est de pratiquer la concentration de votre conscience au-dedans de vous. Le mental humain ordinaire a, en surface, une activité qui voile le vrai Moi.

Mais il y a une autre conscience, cachée au-dedans derrière la conscience de surface, où nous pouvons acquérir la perception du vrai Moi et d'une vérité plus vaste et plus profonde de la nature, où nous pouvons réaliser le Moi, libérer la nature et la transformer. Tranquilliser le mental de surface et commencer à vivre au-dedans est le but de cette concentration. Cette conscience véritable, distincte de la conscience de surface, a deux centres principaux, l'un dans le cœur (non pas le cœur physique, mais le centre cardiaque au milieu de la poitrine), l'autre dans la tête.

Par la concentration dans le cœur on s'ouvre vers le dedans et en poursuivant cette ouverture intérieure, en pénétrant profondément, on devient conscient de l'âme ou être psychique, de l'élément divin dans l'individu. Cet être dévoilé commence à venir au premier plan, à gouverner la nature, à l'orienter, elle et tous ses mouvements, vers la Vérité, vers le Divin, et à appeler en elle tout ce qui est au-dessus. Il apporte la conscience de la Présence, la consécration de l'être au Suprême, il fait descendre dans notre nature une Force, une Conscience plus grande qui attendait au-dessus de nous.

La concentration dans le centre du cœur, accompagnée de l'offrande de soi au Divin et de l'aspiration à cette ouverture intérieure et à la Présence dans le cœur, est le premier mode de concentration et, si on peut le pratiquer, c'est un début naturel; car son résultat, une fois acquis, rend le chemin spirituel beaucoup plus aisé et sûr que si l'on commence d'une autre manière.

Cette autre manière consiste à se concentrer dans la tête, dans le centre mental. Si elle apporte le silence dans le mental de surface, elle ouvre au-dedans un mental intérieur plus vaste et plus profond qui est davantage capable de recevoir l'expérience et la connaissance spirituelles. Mais une fois que l'on est concentré à cet endroit, il faut ouvrir la conscience mentale silencieusement vers le haut à tout ce qui est au-dessus du mental.

Après un certain temps, on sent la conscience s'élever au-dessus; elle monte enfin au-delà du couvercle qui l'a si longtemps tenue enfermée dans le corps et trouve au-dessus de la tête un centre où elle se libère dans l'Infini. Là, elle commence à entrer en contact avec le Moi universel, la Paix, la Lumière, le Pouvoir, la Connaissance, la Béatitude du Divin, à y pénétrer, à devenir tout cela et à en sentir la descente dans la nature.

Se concentrer dans la tête en aspirant à la tranquillité du mental et à la réalisation du Moi et du Divin au-dessus est le deuxième mode de concentration. Il est important, cependant, de se souvenir que la concentration de la conscience dans la tête n'est qu'une préparation à l'ascension de cette conscience vers le centre qui se trouve au-dessus; autrement on peut rester enfermé dans son propre mental et ses expériences ou, au mieux, atteindre seulement un reflet de la Vérité qui est au-dessus au lieu de monter dans la transcendance spirituelle pour y vivre.

Pour certains la concentration mentale est plus facile, pour d'autres c'est la concentration dans le centre du cœur; certains sont capables de faire les deux alternativement, mais il est préférable, si l'on en est capable, de commencer par le centre du cœur.

L'autre aspect de la discipline concerne les activités de la nature, du mental, du moi-de-vie ou vital, de l'être physique. Ici le principe consiste à harmoniser la nature à la réalisation intérieure afin de ne pas être divisé en deux parties discordantes. Plusieurs disciplines ou méthodes sont possibles.

Dans l'une on offre toutes les activités au Divin, on appelle le guide intérieur et on demande que la nature soit prise en charge par un Pouvoir supérieur. Si l'on est ouvert à l'âme au-dedans, si l'être psychique vient au premier plan, alors il n'y a pas grande difficulté: cet état s'accompagne d'une discrimination psychique, d'une indication constante, et enfin d'une direction qui révèle toutes les imperfections et, tranquillement et patiemment, les élimine, introduit dans le mental et le vital les mouvements justes et donne aussi une forme nouvelle à la conscience physique.

Une autre méthode consiste à faire un pas en arrière en se détachant des mouvements de l'être mental, vital et physique, à ne considérer leurs activités que comme une formation habituelle de la Nature générale dans l'individu, formation qui nous est imposée par les fonctionnements du passé et qui ne fait nullement partie de notre être vrai.

Dans la mesure où nous réussissons, où nous nous détachons, où nous voyons le mental et ses activités comme n'étant pas nous, la vie et ses activités comme n'étant pas nous, le corps et ses activités comme n'étant pas nous, nous commençons à percevoir un Être intérieur en nous - mental intérieur, vital intérieur, physique intérieur - silencieux, calme, non lié, non attaché, qui reflète le vrai Moi au-dessus et peut être son représentant direct.

De cet Être intérieur silencieux proviennent le rejet de tout ce qui doit être rejeté, l'acceptation de ce qui peut être gardé et transformé à l'exclusion du reste, une Volonté profonde qui tend vers la perfection ou un appel au Pouvoir divin pour qu'il fasse à chaque pas ce qui est nécessaire à la transformation de la nature. Cet Être intérieur peut aussi ouvrir le mental, la vie et le corps à l'entité psychique intérieure et à son influence qui nous guide, ou à son gouvernement direct.

Dans la plupart des cas ces deux méthodes apparaissent simultanément et vont de pair, puis finissent par se fondre en une seule. Mais on peut commencer par l'une ou par l'autre, celle que l'on trouve la plus naturelle et la plus facile à suivre.

Enfin, dans toutes les difficultés où l'effort personnel est entravé, l'Instructeur peut intervenir et apporter l'aide nécessaire pour nous faire parvenir à la réalisation ou pour nous faire franchir la prochaine étape.

dimanche 29 mars 2009

A propos du Nirvâna

Quand j'écrivais dans l'Ârya, je présentais une vue surmentale des choses au mental et je l'exposais en termes mentaux, c'est pourquoi je devais parfois utiliser la logique. Car dans un travail de ce genre — médiateur entre l'intellect et le supra-intellectuel — la logique a sa place, bien qu'elle ne puisse pas avoir la place dominante qu'elle a dans les philosophies purement mentales. Le mâyâvâdin lui-même s'efforce d'établir son point de vue ou son expérience par un raisonnement rigoureusement logique. Seulement quand il arrive à l'explication de Maya, il ne peut, comme l'homme de science traitant de la Nature, qu'arranger et organiser ses idées sur le processus de cette mystification universelle; il ne peut expliquer comment ni pourquoi cette mystification illusoire, Maya, a pris naissance. Il ne peut que dire: "Bon, c'est comme ça."

Bien sûr, c'est comme ça. Mais la question est, d'abord, qu'est-ce que c'est ? Est-ce réellement un Pouvoir illusoire et rien d'autre, ou est-ce l'idée que s'en fait le mâyâvâdin qui est une première vision erronée, une lecture mentale imparfaite, ou même peut-être en soi une illusion ? Et ensuite, "L'illusion est-elle le seul ou le plus haut Pouvoir que possède la Conscience divine ou la Supraconscience ?" L'Absolu est une Vérité absolue libre de Maya, autrement la libération ne serait pas possible.

La Vérité suprême et absolue n'a-t-elle donc pas d'autre Pouvoir actif qu'un pouvoir de mensonge, avec, sans aucun doute, car les deux vont ensemble, un pouvoir de dissoudre ou de renier le mensonge — qui est là cependant pour toujours? J'ai suggéré que cela paraissait un peu bizarre. Mais bizarre ou pas, si c'est ainsi, c'est ainsi — car, comme vous le remarquez, l'Ineffable ne peut être soumis aux lois de la logique. Mais qui doit décider s'il en est ainsi? Vous répondrez, ceux qui en arrivent là. Mais qui arrivent où? Au Parfait et au Plus Haut, poûrnam param.

Le Brahman sans traits du mâyâvâdin est-il ce Parfait, cet Accompli, est-ce vraiment le Plus Haut? N'y a-t-il pas ou ne peut-il y avoir un plus haut que le plus haut, parâtparam ? Ce n'est pas une question de logique, c'est une question de fait spirituel, d'expérience suprême et complète. La solution de l'affaire repose non sur la logique, mais sur une expérience spirituelle croissante, qui s'élève et s'élargit — une expérience qui doit évidemment inclure ou avoir traversé celle du Nirvana et de Maya, autrement elle ne serait pas complète et n'aurait pas de valeur décisive.

Pourtant l'accès au Nirvana a été le premier résultat radical de mon propre yoga. Je fus soudain projeté dans un certain état au-dessus, sans pensée, pur de tout mouvement mental ou vital; il n'y avait pas d'ego, pas de monde réel — seulement, quand "on" regardait à travers les sens immobiles, quelque chose percevait ou portait sur son absolu silence un monde de formes vides, d'ombres matérialisées sans substance véritable.

Il n'y avait ni Un, ni même plusieurs, seulement Cela, absolument, sans traits, sans relations, pur, indescriptible, impensable, absolu, et pourtant suprêmement réel et seulement réel. Et ce n'était pas une réalisation mentale ni quelque chose que l'on percevait quelque part en haut — ce n'était pas une abstraction, c'était positif, la seule réalité positive (bien que ce ne fût pas un monde physique spatial) qui emplissait, occupait, ou plutôt inondait et noyait cette semblance de monde physique, ne laissant aucun lieu, aucun espace pour aucune autre réalité qu'elle-même et ne permettant à rien d'autre de sembler vraiment réel, positif ou substantiel.

Je ne peux pas dire qu'il y avait quelque chose d'exaltant ou d'enivrant dans cette expérience, telle qu'elle m'est venue (l'Ânanda ineffable, je l'ai eu des années plus tard), mais cela m'apportait une paix indicible, un formidable silence, une infinitude de délivrance et de liberté.

Je vécus jour et nuit dans ce Nirvana avant qu'il ne commence à admettre autre chose en lui ou à se modifier tant soit peu, et le cœur intérieur de l'expérience, son souvenir constant et son pouvoir de retour demeurèrent, jusqu'à ce qu'enfin il commençât à disparaître dans une Supraconscience plus grande d'en haut. Mais entre-temps une réalisation venait s'ajouter à une autre et se fondait à l'expérience originelle.

Bientôt l'aspect illusoire du monde cédait la place à un autre aspect où l'illusion ( en fait ce n'est pas une illusion au sens d'une pression sur la conscience de quelque chose qui est sans fondement et irréel, mais une fausse interprétation du mental conscient et des sens et un mauvais usage trompeur de l'existence manifestée ) n'était plus qu'un petit phénomène de surface, avec une immense Réalité divine par-derrière, une suprême Réalité divine au-dessus et une intense Réalité divine au cœur de toutes les choses qui, tout d'abord, m'étaient apparues comme des formes vides ou des ombres cinématographiques.

Et ce n'était pas un réemprisonnement dans les sens, pas une diminution ou une chute de l'expérience suprême; au contraire, c'était une élévation constante et un élargissement constant de la Vérité; c'était l'esprit qui voyait les objets, non les sens, et la Paix, le Silence, la liberté dans l'Infinitude demeurait toujours, où le monde et tous les mondes n'étaient qu'un incident continu dans l'éternité sans temps du Divin.

Voilà donc tout le problème de mon approche du Mâyâvâda. Le Nirvana, dans ma conscience libérée, se révéla le commencement de ma propre réalisation, un premier pas vers la chose complète, non la seule réalisation possible ni même la culmination finale. Il est entré sans être invité, sans être recherché et pourtant très bienvenu. Je n'en avais pas la moindre idée auparavant, je n'y aspirais aucunement, en fait mon aspiration allait tout à l'opposé, vers le pouvoir spirituel en vue d'aider le monde et d'y faire mon travail, et pourtant il est venu sans même dire "Puis-je entrer" ou "Si vous permettez". Il est arrivé et s'est installé comme pour l'éternité ou comme si en réalité il avait toujours été là. Et puis il a grandi lentement jusqu'à devenir quelque chose, non pas de moindre, mais de plus grand qu'il n'était tout d'abord. Comment pourrais-je donc accepter le Mâyâvâda ou me convaincre d'en venir aux mains avec une Vérité qui m'a été imposée de plus haut que la logique de Shankara ?

Mais je n'insiste pas pour que tout le monde passe par mon expérience ou suive la Vérité qui en découle. Je n'ai aucune objection à ce que quelqu'un accepte le Mâyâvâda comme la vérité de son âme ou de son mental ou comme leur moyen de sortir de la difficulté cosmique. Je n'ai d'objection que si quelqu'un essaie de me le faire avaler de force ou de le faire avaler au monde comme la seule explication possible, satisfaisante et globale des choses. Car il n'en est rien. Il y a beaucoup d'autres explications possibles; celle-ci n'est pas du tout satisfaisante, car au bout du compte elle n'explique rien; et à moins qu'elle ne se sépare de sa propre logique, loin de tout englober, elle exclut tout. Mais cela n'a pas d'importance. Une théorie peut être erronée ou du moins partielle et imparfaite, et néanmoins extrêmement pratique et utile. L'histoire de la Science l'a amplement démontré.

En fait une théorie, qu'elle soit philosophique ou scientifique, n'est rien d'autre qu'un support pour le mental, un système pratique pour l'aider à traiter son sujet, un bâton qui le soutient et le fait marcher avec plus de confiance et poursuivre son difficile voyage. Le caractère exclusif et partiel même du Mâyâvâda en fait un fort bâton ou un stimulant vigoureux pour un effort spirituel qui se veut partiel, radical et exclusif. Il soutient l'effort que fait le mental pour s'enfuir de lui-même et de la Vie par un raccourci vers la supraconscience. Ou plutôt c'est le Pourousha dans le Mental qui veut fuir les limitations du Mental et de la Vie pour entrer dans l'Infini supraconscient.

Théoriquement, la voie du mental pour parvenir à ce résultat consiste à nier toutes ses perceptions et toutes les préoccupations du vital et à les voir, à les traiter comme des illusions. Pratiquement, quand le mental se retire de lui-même, il entre facilement dans une paix sans relations où rien n'a d'importance — car dans son absolu il n'y a ni valeurs mentales ni valeurs vitales — et d'où le mental peut rapidement emprunter ce grand raccourci vers le supraconscient, la transe sans mental, soushoupti. Dans la mesure où ce mouvement est complet toutes les perceptions qu'il avait auparavant acceptées lui deviennent irréelles — illusion, Maya. C'est sur son chemin vers l'immersion.

Le Mâyâvâda, par conséquent, avec son accent unique sur le Nirvana, mis à part ses déficiences en tant que théorie mentale des choses, sert un grand but spirituel, et en tant que sentier, peut mener très haut et très loin. Et même, si le Mental était le dernier mot et qu'il n'y avait rien au-delà sauf le pur Esprit, je ne serais pas opposé à l'accepter comme la seule porte de sortie. Car ce que le mental avec ses perceptions et le vital avec ses désirs ont fait de la vie dans ce monde est un bien vilain gâchis; et s'il n'y avait rien de mieux à en espérer, le plus court chemin vers la sortie serait le meilleur. Mais mon expérience est qu'il y a quelque chose au-delà du Mental; le Mental n'est pas ici-bas le dernier mot de l'Esprit.

Le Mental est une conscience d'ignorance et ses perceptions ne peuvent être que fausses, mélangées ou imparfaites — même quand elles sont vraies, un reflet partiel de la Vérité et non le corps même de la Vérité. Mais il y a une Conscience-de-Vérité, non seulement statique et introspective, mais aussi dynamique et créatrice, et je préfère aller vers elle, voir ce qu'elle a à dire sur les choses et ce qu'elle peut faire plutôt que de m'éloigner des choses par le raccourci qu'offre l'Ignorance comme sa propre fin.

Cependant, je n'aurais pas d'objection si votre attirance pour le Nirvana n'était pas seulement une humeur du mental et du vital, mais une indication de la vraie route du mental et de l'issue de l'âme. Mais il me semble que ce n'est que le recul du vital devant ses propres désirs déçus dans une insatisfaction extrême, non l'âme sautant joyeusement vers son vrai sentier. Ce vaïrâgya est lui-même un mouvement vital; le vaïrâgya vital est l'envers du désir vital — bien que le mental soit évidemment là pour donner des justifications et dire "d'accord". Même ce vaïrâgya, s'il est exclusif et pointe dans une seule direction, peut mener au Nirvana ou en indiquer la voie.

samedi 3 janvier 2009

Expériences de la conscience intérieure

Le percement du voile qui sépare la conscience extérieure de l'être intérieur est l'un des mouvements décisifs du yoga. Car le yoga, c'est l'union avec le Divin, mais c'est aussi l'éveil au moi intérieur d'abord, au moi supérieur ensuite: un mouvement vers l'intérieur et un mouvement vers le haut. En fait, c'est seulement lorsque l'être intérieur s'éveille et vient au premier plan que l'on peut parvenir à l'union avec le Divin. La personnalité physique extérieure de l'homme n'est rien de plus qu'un ensemble d'instruments et ne peut par elle-même atteindre cette union: tout au plus peut-elle recevoir des contacts intermittents, des sentiments religieux, des indications imparfaites. Et même ceux-ci ne viennent pas de la conscience extérieure, mais de ce qui est au-dedans de nous.

Deux mouvements sont mutuellement complémentaires: dans l'un, l'être intérieur vient au premier plan et impose à la conscience extérieure ses mouvements normaux qui sont, pour elle, inhabituels et anormaux; dans l'autre, on se retire de la conscience extérieure, on pénètre au-dedans, dans les plans intérieurs, on entre dans le monde du moi intérieur et l'on s'éveille dans les parties cachées de l'être. Cette plongée une fois effectuée, vous êtes marqué pour la vie yoguique, pour la vie spirituelle; rien ne peut effacer le sceau qui a été apposé sur vous.

Ce mouvement vers l'intérieur s'effectue de manières très diverses et il arrive parfois que tous les signes de la plongée totale se combinent en une expérience complexe. On se sent entrer à l'intérieur ou descendre au plus profond de soi-même, on a le sentiment d'un mouvement vers les profondeurs intérieures; souvent aussi, on ressent une immobilité, un engourdissement agréable, une raideur des membres.

C'est le signe que la conscience se retire du corps vers l'intérieur sous la pression d'une force venue d'en haut et cette pression, pour faire du corps un support immobile de la vie intérieure, le stabilise en une sorte d'âsana vigoureux et pourtant spontané. On a la sensation de vagues qui s'élèvent et montent vers la tête, ce qui provoque une inconscience à l'extérieur et, à l'intérieur, un éveil. La conscience inférieure s'élève dans l'Âdhâr pour rejoindre la conscience plus grande qui se trouve au-dessus. Ce mouvement est analogue à celui auquel la méthode tantrique donne tant d'importance: l'éveil de la Kundalinî, Énergie lovée et latente dans le corps, et son ascension à travers l'épine dorsale, les centres (chakra) et le Brahmarandhra, à la rencontre du Divin au-dessus.

Dans notre yoga, il ne s'agit pas d'une méthode spécifique, mais d'une part, d'un jaillissement spontané de toute la conscience inférieure, parfois en courants et en vagues, parfois en un mouvement moins concret, et d'autre part d'une descente dans le corps de la Conscience divine et de sa Force. Cette descente est ressentie comme l'envahissement d'un flot de calme et de paix, de force et de pouvoir, de lumière, de joie et d'extase, d'immensité, de liberté, de connaissance, d'un Être divin ou d'une Présence, parfois de l'un de ces éléments, parfois de plusieurs d'entre eux ou de tous à la fois.

Le mouvement ascendant a différents effets: il peut libérer la conscience de sorte que l'on ne se sent plus dans le corps, mais au-dessus de lui, ou encore répandu dans l'immensité, alors que le corps est presque dépourvu d'existence ou n'est plus qu'un point dans la libre expansion de soi-même. Il peut aussi conférer à l'être, ou à une certaine partie de l'être, la faculté de sortir du corps et de se mouvoir ailleurs, et cette action s'accompagne d'ordinaire d'une sorte de samâdhi partiel ou d'une transe complète.

Ou encore la conscience, n'étant plus limitée par le corps et les habitudes de la nature extérieure, peut acquérir le pouvoir de s'intérioriser, d'entrer dans les profondeurs du mental intérieur, du vital intérieur, du physique intérieur (subtil), du psychique; elle peut devenir capable de percevoir son moi psychique profond ou son être intérieur mental, vital et physique subtil et peut-être de se déplacer et de vivre dans les domaines, les plans, les mondes qui correspondent à ces parties de la nature.

C'est par l'ascension répétée et constante de la conscience inférieure que le mental, le vital, le physique peuvent entrer en contact avec les plans supérieurs jusqu'au supramental et s'imprégner de leur lumière, de leur pouvoir et de leur influence. Et c'est par la descente répétée et constante de la Conscience divine et de sa Force que l'être et la nature se transforment dans leur totalité. Lorsque cette descente est devenue habituelle, la Force divine - le Pouvoir de la Mère - commence à travailler non plus seulement d'en haut ou de derrière le voile, mais dans la conscience même de l'Âdhâr; elle prend en charge ses difficultés, exploite ses possibilités et poursuit elle-même le yoga.

Vient enfin le passage de la frontière. Ce n'est pas un assoupissement ou une perte de conscience, car la conscience est là sans cesse; seulement elle change de place, sort de l'être extérieur et physique, se ferme au monde extérieur et se retire dans la partie intérieure psychique et vitale de l'être. Là, elle passe par de nombreuses expériences dont certaines peuvent et doivent être ressenties aussi à l'état de veille; car pour que l'on devienne conscient du moi intérieur et de la nature intérieure, les deux mouvements sont nécessaires: l'émergence de l'être intérieur et sa venue au premier plan, et l'intériorisation de la conscience.

Mais le mouvement d'intériorisation est indispensable, car ses usages sont multiples. Il a pour effet de briser - ou du moins d'ouvrir et de faire franchir - la barrière qui sépare notre conscience instrumentale extérieure de cet être intérieur qu'elle s'efforce très partiellement d'exprimer, ce qui permettra plus tard à l'être d'accéder à une perception consciente des richesses infinies de possibilités, d'expériences, de nouvelles manières d'être et de vivre qui restent inexploitées derrière le voile de cette petite personnalité matérielle aveugle et limitée que les hommes prennent à tort pour la totalité d'eux-mêmes. C'est l'ouverture et l'élargissement constant de cette perception plus profonde, plus pleine et plus riche qui s'accomplit lorsque après cette plongée intérieure, on revient de ce monde intérieur vers l'état de veille.

Le sâdhak doit comprendre que ces expériences ne sont pas simplement des imaginations ou des rêves, mais des événements réels, car même lorsqu'elles ne sont que des formations d'un caractère néfaste, trompeur ou adverse - et cela se produit souvent - elles ont tout de même un pouvoir formateur et l'on doit les comprendre pour être capable de les rejeter et de les abolir. Chaque expérience intérieure est parfaitement réelle à sa manière, bien que les diverses expériences soient de valeur très inégale, mais cette réalité est celle du moi intérieur et des plans intérieurs.

C'est une erreur de penser que nous ne vivons que physiquement, par le mental et la vie extérieurs. Nous vivons et nous agissons sans arrêt sur d'autres plans de conscience, nous y rencontrons les autres, nous agissons sur eux, et ce que nous faisons, sentons et pensons dans ces plans, les forces que nous y rassemblons, les conséquences que nous y préparons ont à notre insu, sur notre vie extérieure, une importance et un effet incalculables. Tout ne se transmet pas, et ce qui se transmet prend une forme différente dans le physique, même si parfois la correspondance est exacte; mais c'est sur la petite partie qui est transmise que se fonde notre existence extérieure.

Tout ce que nous devenons, tout ce que nous faisons, tout ce que nous subissons dans la vie physique se prépare en nous derrière le voile. Il est par conséquent d'une immense importance, dans un yoga dont le but est la transformation de la vie, de prendre conscience de ce qui se passe dans ces domaines, d'y régner en maître et d'être capable de sentir, de connaître, de manipuler les forces secrètes qui déterminent notre destin, notre croissance ou notre déclin intérieurs et extérieurs.

C'est tout aussi important pour ceux qui veulent cette union avec le Divin sans laquelle la transformation est impossible. L'aspiration ne peut pas se réaliser si vous restez ligoté par votre moi extérieur, attaché au mental physique et à ses mouvements étriqués. Ce n'est pas l'être extérieur qui est la source de l'impulsion spirituelle: l'être extérieur ne fait que subir la poussée intérieure qui vient de derrière le voile. C'est l'être psychique intérieur en vous qui est le bhakta, lui qui cherche l'union et l'Ânanda, et ce qui est impossible à la nature extérieure abandonnée à elle-même devient parfaitement possible lorsque la barrière est abattue et que le moi intérieur est au premier plan. Car dès l'instant où il vient puissamment en avant ou attire avec force la conscience en lui-même, la paix, l'extase, la liberté, l'immensité, l'ouverture à la lumière et à une connaissance supérieure commencent à devenir naturelles, spontanées et souvent émergent aussitôt.

Une fois la barrière brisée par l'un ou l'autre mouvement, vous vous apercevez que tous les procédés et tous les mouvements nécessaires au yoga sont à votre portée et non, comme ils apparaissent au mental extérieur, difficiles ou impossibles. Le moi psychique profond en vous contient déjà le yogi et le bhakta, et s'il peut émerger tout à fait et prendre le commandement, l'orientation spirituelle de votre vie extérieure est prédéterminée et inéluctable.

Chez le sâdhak qui réussit dès le début, le moi psychique a déjà construit une vie intérieure profonde, yoguique et spirituelle, voilée seulement en raison d'une forte orientation vers l'extérieur conférée au mental pensant et aux parties vitales inférieures par l'éducation et les activités passées. C'est précisément pour corriger cette orientation vers l'extérieur et retirer le voile que le sâdhak doit déployer tant d'énergie dans sa pratique du yoga.

Une fois que l'être intérieur s'est vigoureusement manifesté, soit par le mouvement qui va vers l'intérieur, soit par celui qui sort vers l'extérieur, il renouvellera inévitablement sa pression pour déblayer le passage et finalement prendre possession de son royaume. Une première expérience de ce genre préfigure ce qui doit se produire ensuite à plus grande échelle.

dimanche 7 décembre 2008

La Conscience

Selon mon expérience, la conscience n'est pas un phénomène dépendant des réactions de la personnalité aux forces de la Nature et réduit à une vision ou à une interprétation de ces réactions. S'il en était ainsi, lorsque la personnalité devient silencieuse et immobile, et qu'elle ne réagit pas, il n'y aurait pas de conscience puisqu'elle ne verrait plus et n'interpréterait plus.

Cela est en contradiction avec certaines expériences fondamentales du yoga, par exemple celle d'une conscience silencieuse et immobile s'étendant à l'infini, ne dépendant pas de la personnalité mais impersonnelle et universelle, ne voyant pas et n'interprétant pas les contacts mais consciente d'elle-même dans l'immobilité, ne dépendant pas des réactions mais permanente en soi, même lorsqu'aucune réaction ne se produit. La personnalité subjective elle-même est seulement une formation de conscience qui est un pouvoir inhérent, non à l'activité de la personnalité temporairement manifestée, mais à l'être, au Moi ou Pourousha.

La conscience est une réalité inhérente à l'existence. Elle est là, même quand elle n'est pas active à la surface, mais silencieuse et immobile; elle est là, même quand elle est invisible à la surface, quand elle ne réagit pas aux objets extérieurs ou y est insensible, mais qu'elle est retirée et active ou inactive au-dedans; elle est là, même quand elle nous semble tout à fait absente et que l'être paraît à nos yeux inconscient et inanimé.

La conscience n'est pas seulement le pouvoir de se percevoir soi-même et de percevoir les choses, elle est ou possède aussi une énergie dynamique et créatrice. Elle peut déterminer ses propres réactions ou s'abstenir de réagir; elle peut non seulement répondre aux forces, mais créer des forces ou en émaner. La conscience est Chit, mais aussi Chit Shakti.

La conscience est habituellement identifiée au mental, mais la conscience mentale n'est que le domaine humain et ne couvre pas plus tous les domaines possibles de conscience que la vision humaine ne couvre toute la gamme des couleurs, ou l'ouïe humaine toute la gamme des sons - car au-dessus et au-dessous, bien des degrés sont pour l'homme invisibles et inaudibles. Il y a de même des domaines de conscience au-dessus et au-dessous du domaine humain, avec lesquels l'homme normal n'a aucun contact et qui lui semblent inconscients: les domaines du supramental, du surmental et du sous-mental.

Quand Yâjnavalkya dit qu'il n'y a pas de conscience dans l'état du Brahman, il parle de la conscience telle que l'être humain la connaît. L'état du Brahman est celui d'une existence suprême suprêmement consciente d'elle-même, swayamprakâsha - c'est Satchidânanda, Existence-Conscience-Béatitude. Même s'il est décrit comme au-delà de Cela, parâtparam, cela ne signifie pas qu'il est un état de Non-existence ou de Non-conscience, mais qu'il est au-delà même du substrat spirituel le plus élevé (la "fondation au-dessus" selon le paradoxe lumineux du Rig-Véda) de l'existence et de la conscience cosmiques. Selon la description du Tao chinois et du Shoûnya bouddhiste, il s'agit de toute évidence d'un Néant qui contient tout; il en est de même ici de la négation de la conscience.

Les termes supraconscient et subconscient ne sont que relatifs; à mesure que nous nous élevons dans le supraconscient, nous voyons que c'est une conscience plus grande que la plus haute que nous ayons déjà atteinte, et par conséquent, dans notre état normal, elle est pour nous inaccessible; si nous pouvons descendre dans le subconscient, nous y trouvons une conscience autre que la nôtre à sa limite mentale inférieure, qui par conséquent nous est d'ordinaire inaccessible. L'inconscient lui-même n'est qu'un état involué de conscience qui, comme le Tao ou le Shoûnya, bien que d'une manière différente, contient toutes choses comprimées en lui, de sorte que sous une pression d'en haut ou du dedans, tout peut évoluer hors de lui - "Âme inerte dotée d'une Force somnambule".

Les gradations de la conscience sont des états universels qui ne dépendent pas de la vision de la personnalité subjective; c'est plutôt la vision de la personnalité subjective qui est déterminée par le niveau de conscience dans lequel elle est organisée, selon la nature de son type ou le stade de son évolution.

Il devient évident que la conscience désigne quelque chose qui est partout essentiellement semblable, mais qui varie en état, en condition et en mode d'action; en elle, à certains niveaux ou dans certaines conditions, les activités que nous appelons conscience peuvent exister, dans un état soit comprimé, soit inorganisé, soit organisé différemment; alors que dans d'autres états, certaines autres activités peuvent se manifester qui, en nous, sont réprimées, inorganisées ou latentes, ou encore se manifestent moins parfaitement, sont moins intenses, moins étendues et moins puissantes que dans ces degrés supérieurs à notre limite mentale la plus haute.

jeudi 4 décembre 2008

Un mental tranquille

La différence entre un mental vide et un mental calme est celle-ci: lorsque le mental est vide, il n'y a pas de pensées, pas de conception, pas d'action mentale d'aucune sorte, sauf une perception essentielle des choses sans formation d'idées; tandis que dans le mental calme, c'est la substance de l'être mental qui est immobile, si immobile que rien ne la trouble.

Si des pensées ou des activités se produisent, elles ne s'élèvent pas du tout du mental, elles viennent du dehors et traversent le mental comme un vol d'oiseaux traverse le ciel dans l'air immobile. Ils passent, ne troublent rien, ne laissent pas de trace. Même si un millier d'images ou les événements les plus violents traversent le mental, son immobilité paisible demeure, comme si la texture même du mental était faite d'une substance de paix éternelle et indestructible.

Un mental qui a acquis ce calme peut commencer à agir, même intensément et puissamment, mais il conservera son immobilité fondamentale, ne produisant rien de lui-même mais donnant une forme mentale à ce qu'il reçoit d'en haut, sans rien y ajouter du sien, avec calme et impartialité, et pourtant dans la joie de la Vérité et dans la puissance et la lumière heureuses de la transmission.

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La première chose à faire dans la sâdhanâ est d'établir dans le mental une paix et un silence stables. Autrement, vous pouvez avoir des expériences, mais rien ne sera permanent. C'est dans un mental silencieux que la vraie conscience peut s'édifier.

Un mental tranquille ne signifie pas qu'il n'y aura pas du tout de pensées ni de mouvements mentaux, mais que ceux-ci resteront à la surface et que vous sentirez votre être véritable au-dedans, séparé d'eux, observant sans se laisser entraîner, capable de les surveiller et de les juger, de rejeter tout ce qui doit être rejeté et d'accepter et de conserver tout ce qui est conscience vraie et expérience vraie.

La passivité mentale est bonne, mais veillez à n'être passif qu'à la Vérité et au contact de la divine Shakti. Si vous êtes passif aux suggestions et aux influences de la nature inférieure, vous ne serez pas capable de progresser, ou bien vous vous exposerez à des forces adverses qui peuvent vous mener très loin du vrai chemin du yoga.

Aspirez à ce que la Mère vous donne cette tranquillité et ce calme stables dans le mental et ce sens constant de l'être intérieur en vous, qui se tient en arrière de la nature extérieure et tourné vers la Lumière et la Vérité.