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mercredi 21 avril 2010

Apprendre à être tranquille

Au point de vue du développement individuel et pour ceux qui sont encore au commencement du chemin, savoir se taire devant ce que l'on ne comprend pas est l'une des choses qui aiderait le plus dans le progrès.

Savoir se taire, non seulement extérieurement, ne pas prononcer de paroles, mais savoir se taire au-dedans, que le mental n'affirme pas son ignorance avec outrecuidance comme il le fait toujours, qu'il n'essaie pas de comprendre avec un instrument qui est incapable de comprendre, qu'il sache son infirmité, et qu'il s'ouvre simplement, tranquillement, attendant que le moment soit venu pour lui d'avoir la lumière.

Parce que c'est seulement la Lumière, la lumière vraie, qui peut lui donner la compréhension. Ce n'est pas tout ce qu'il aura appris ni tout ce qu'il a observé ni toute la soi-disant expérience qu'il a de la vie, c'est quelque chose d'autre qui le dépasse complètement.

Et avant que ce quelque chose d'autre, qui est l'expression de la Grâce, ne se manifeste en lui, si, très tranquillement, très modestement il se tait et n'essaie ni de comprendre ni surtout de juger, les choses iraient beaucoup plus vite.

Le bruit que tous les mots, toutes les idées font dans la tête, est un bruit assourdissant qui vous empêche d'entendre la vérité si elle veut se manifester.

Apprendre à être tranquille et silencieux... Quand on a un problème à résoudre, au lieu de remuer dans sa tête toutes les possibilités, toutes les conséquences, toutes les choses possibles qu'il faut faire ou qu'il ne faut pas faire, si l'on reste tranquille avec, si possible, une aspiration de bonne volonté, un besoin de bonne volonté, très vite la solution vient. Et comme on est silencieux, on est capable de l'entendre.

Quand vous êtes pris dans une difficulté, essayez cette méthode : au lieu de vous agiter, de remuer toutes les idées, de chercher activement des solutions, de vous inquiéter, de vous tourmenter, de courir de-ci de-là dans votre tête, je ne dis pas extérieurement parce que, extérieurement, on a assez de bon sens pour ne pas le faire probablement! mais intérieurement, dans la tête, rester tranquille. Et suivant votre nature, avec une ardeur ou une paix, une intensité ou un élargissement, ou tout cela à la fois, implorer la lumière et attendre qu'elle vienne.

Le chemin serait ainsi considérablement raccourci.

5 nov 1958

jeudi 11 février 2010

Trouver son Âme

Pour trouver l'âme, il faut aller comme ça (geste de plongée), comme ça, se reculer de la surface, se retirer profondément, et entrer, entrer, entrer, descendre, descendre, descendre dans un trou très profond, silencieux, immobile, et alors là, il y a comme une ... quelque chose qui est chaud, tranquille, riche de contenu, et très immobile, et très plein, comme une douceur, ça, c'est l'âme.

Et si l'on insiste et que soi-même on soit conscient, alors il se produit comme une sorte de plénitude qui donne l'impression d'une chose complète et qui contient des profondeurs insondables dans lesquelles on sent que si l'on entrait, alors il y aurait des secrets qui se révéleraient... comme une réflexion dans une eau très paisible de quelque chose qui est éternel. Et on ne se sent plus limité par le temps.

On a l'impression d'avoir toujours été et d'être pour l'éternité. Ça, c'est quand on a touché le centre de l'âme.

Et si le contact a été assez conscient et complet, cela vous libère de l'esclavage de la forme extérieure; on ne sent plus que l'on ne vit que parce que l'on a un corps. Ça, c'est généralement la sensation ordinaire de l'être, d'être lié à cette forme extérieure au point que quand on pense "moi", on pense "le corps". C'est la chose ordinaire.

La réalité personnelle, c'est la réalité corporelle. Ce n'est que si l'on a fait un effort de développement intérieur et que on a essayé de trouver un point un peu plus stable dans son être, qu'alors on peut commencer à sentir que c'est ce "quelque chose" qui est conscient d'une façon permanente à travers tous les âges et tous les changements, c'est ce quelque chose-là qui doit être "moi".

Mais cela, ça demande déjà une étude assez ... assez approfondie. Autrement, si tu penses "je vais faire ceci", "j'ai besoin de cela", c'est toujours ton corps, un petit peu d'une sorte de volonté qui est un mélange de sensations, de réactions sentimentales plus ou moins confuses et de pensées encore plus confuses qui font un mélange et qui sont animées par une impulsion, une attraction, un désir, une volonté quelconque, et c'est cela qui devient momentanément "moi", mais pas directement parce que l'on ne conçoit pas ce "moi" indépendant de la tête, du torse, des bras, des jambes et de tout ça qui bouge, c'est très étroitement lié.

C'est seulement après avoir beaucoup réfléchi, beaucoup regardé, beaucoup étudié, beaucoup observé, que l'on commence à se rendre compte que l'un est plus ou moins indépendant de l'autre et que cette volonté par-derrière peut, ou le faire agir, ou ne pas le faire agir, et ne pas s'identifier complètement au mouvement, à l'action, à la réalisation, qu'il y a un flottement. Mais il faut beaucoup regarder pour voir cela.

Et puis, il faut encore beaucoup plus regarder pour voir que ça, cette seconde chose qui est là, cette sorte de volonté active consciente, c'est mis en mouvement par "quelque chose d'autre" qui regarde, qui juge, qui décide et qui essaie de baser ses décisions sur une connaissance, cela, ça arrive encore beaucoup plus tard.

Et alors, quand on commence à voir ce "quelque chose d'autre", on commence à voir que ça a le pouvoir de mettre en mouvement la seconde chose qui est une volonté active, et non seulement cela, mais que ça a une action très directe et très importante sur les réactions, les sentiments, les sensations, et que finalement, ça peut avoir un contrôle sur tous les mouvements de l'être, cette partie qui regarde, qui observe, qui juge et qui décide.

Cela, c'est le commencement du contrôle. Quand on devient conscient de ça, on a saisi le fil, et quand on parle de contrôle, on peut savoir "Ah ! oui, c'est ça qui a le pouvoir de contrôler". C'est comme cela que l'on apprend à se regarder.

jeudi 15 janvier 2009

Le bateau supramental

(Mère donne lecture d'une expérience qu'elle a eue le 3 février) : Entre les êtres du monde supramental et les hommes, il existe à peu près la même séparation qu'entre les hommes et les animaux. Il y a quelque temps, j'ai eu l'expérience de l'identification à la vie animale, et c'est un fait que les animaux ne nous comprennent pas ; leur conscience est ainsi construite que nous leur échappons presque totalement.

J'ai connu, cependant, des animaux familiers, des chats et des chiens, mais surtout des chats qui faisaient un effort de conscience presque yoguique pour nous rejoindre. Mais généralement, quand ils nous regardent vivre, agir, ils ne comprennent pas, ils ne nous voient pas tels que nous sommes, et ils souffrent par nous. Nous sommes pour eux une énigme constante. Seule, une partie très infime de leur conscience a un lien avec nous. Et c'est la même chose pour nous quand nous essayons de regarder le monde supramental. C'est seulement quand le lien de conscience sera établi que nous le verrons et encore, seule la partie de notre être qui aura ainsi subi la transformation, sera capable de le voir tel qu'il est , sinon les deux mondes resteraient séparés comme le monde animal et le monde humain.

L'expérience que j'ai eue le 3 février en est une preuve. Avant, j'avais eu un contact individuel, subjectif, avec le monde supramental, tandis que le 3 février, je m'y suis promenée concrètement, aussi concrètement que je me promenais à Paris autrefois, dans un monde qui existe en soi, en dehors de toute subjectivité. C'est comme un pont qui est en train d'être jeté entre les deux mondes.

Voici l'expérience telle que je l'ai dictée aussitôt après : Le monde supramental existe d'une façon permanente et je suis là d'une façon permanente dans un corps supramental. J'en ai eu la preuve aujourd'hui même quand ma conscience terrestre est allée là et y est restée consciemment entre deux et trois heures de l'après-midi. Maintenant, je sais que ce qui manque pour que les deux mondes se joignent dans une relation constante et consciente, c'est une zone intermédiaire entre le monde physique tel qu'il est et le monde supramental tel qu'il est. C'est cette zone qu'il reste à construire, à la fois dans la conscience individuelle et dans le monde objectif, et qui est en train de se construire.

Quand je parlais autrefois du monde nouveau qui est en train de se créer, c'est de cette zone intermédiaire que je parlais. Et de même, quand je suis de ce côté-ci, c'est-à-dire dans le domaine de la conscience physique, et que je vois le pouvoir supramental, la lumière et la substance supramentales pénétrer constamment la matière, c'est la construction de cette zone que je vois et à laquelle je participe.

Je me trouvais sur un immense bateau, qui est une représentation symbolique de l'endroit où ce travail est en train de s'accomplir. Ce bateau, aussi grand qu'une ville, est entièrement organisé, et certainement il fonctionnait déjà depuis un certain temps car son organisation était complète. C'est l'endroit où l'on forme les gens destinés à la vie supramentale. Ces gens (ou du moins une partie de leur être) avaient déjà subi une transformation supramentale, parce que le bateau lui-même et tout ce qui était à bord, n'était ni matériel ni physique-subtil, ni vital ni mental — c'était une substance supramentale.

Cette substance elle-même était du supramental le plus matériel, la substance supramentale la plus proche du monde physique, la première à se manifester. La lumière était un mélange d'or et de rouge, formant une substance uniforme d'un orange lumineux. Tout était comme cela — la lumière était comme cela, les gens étaient comme cela, tout avait cette couleur, avec des nuances variées cependant, qui permettaient de distinguer les choses les unes des autres. L'impression générale était d'un monde sans ombres ; il y avait des nuances, mais pas d'ombres. L'atmosphère était pleine de joie, de calme, d'ordre; tout marchait régulièrement et en silence. Et en même temps, on pouvait voir tous les détails d'une éducation, d'un entraînement dans tous les domaines, grâce auquel les gens du bord étaient préparés.

Cet immense navire venait juste d'arriver au rivage du monde supramental et un premier groupe de gens qui étaient destinés à devenir les futurs habitants de ce monde supramental, devait descendre. Tout était arrangé pour ce premier débarquement. Au débarcadère, se trouvaient postés un certain nombre d'êtres de très haute taille. Ce n'étaient pas des êtres humains, ils n'avaient jamais été hommes auparavant. Ce ne sont pas non plus les habitants permanents du monde supramental. Ils avaient été délégués d'en haut et postés là pour contrôler et surveiller le débarquement.

J'avais la direction de tout cet ensemble depuis le début et tout le temps. J'avais moi-même préparé tous les groupes. Je me tenais en haut de la passerelle sur le bateau, appelant les groupes un à un et les faisant descendre au rivage. Les êtres de haute taille qui étaient postés là, passaient en revue pour ainsi dire, ceux qui débarquaient, autorisant ceux qui étaient prêts et renvoyant ceux qui ne l'étaient pas et qui devaient poursuivre leur entraînement à bord du navire.

Comme je me trouvais là à regarder tout le monde, cette partie de ma conscience qui venait d'ici, devint extrêmement intéressée; elle voulait voir et reconnaître tous les gens, voir comment ils étaient changés et vérifier ceux qui étaient pris immédiatement et ceux qui devaient rester pour continuer leur entraînement. Au bout d'un certain temps, comme j'étais là à observer, j'ai commencé à sentir que j'étais tirée en arrière pour que mon corps se réveille — une conscience ou une personne ici — et dans ma conscience je protestais : "Non, non, pas encore! Pas encore, je veux voir les gens!" Je voyais et je notais avec un intérêt intense ...

Les choses continuèrent ainsi jusqu'au moment où, tout à coup, cette pendule ici se mit à sonner trois heures, ce qui me rappela violemment. Il y eut une sensation de chute soudaine dans mon corps. Je suis revenue avec un choc, mais avec toute ma mémoire parce que j'avais été rappelée très soudainement. Je restai tranquille, sans bouger, jusqu'à ce que je puisse ramener toute l'expérience et, la garder.

Sur ce bateau, la nature des objets n'était pas celle que nous connaissons sur la terre; par exemple, les vêtements n'étaient pas faits d'étoffe, et cette chose qui ressemblait à de l'étoffe, n'était pas fabriquée : elle faisait partie de leur corps, elle était faite de la même substance qui prenait différentes formes. Cela avait une sorte de plasticité. Quand un changement devait être effectué, il se faisait, non par un moyen artificiel et extérieur mais par une opération intérieure, par une opération de la conscience qui donnait forme ou apparence à la substance. La vie créait ses propres formes. Il y avait une seule substance en toute chose; elle changeait la qualité de sa vibration suivant les besoins ou les usages.

Ceux qui étaient renvoyés pour un nouvel entraînement, n'étaient pas d'une couleur uniforme, c'était comme si leur corps avait des taches d'une opacité grisâtre, d'une substance qui ressemblait à la substance terrestre; ils étaient ternes, comme s'ils n'avaient pas été entièrement imprégnés par la lumière, pas transformés. Ils n'étaient pas partout j comme cela, mais par endroits.

Les êtres de haute taille sur le rivage, n'étaient pas de la même couleur, du moins ils n'avaient pas cette teinte orange, ils étaient plus pâles, plus transparents. À l'exception d'une partie de leur corps, on ne pouvait voir que les contours de leur forme. Ils étaient très grands, ils semblaient n'avoir pas d'ossature et pouvoir prendre des formes selon leurs besoins. C'est seulement de la taille jusqu'aux pieds qu'ils avaient une densité permanente, que l'on ne sentait pas dans le reste de leur corps. Leur couleur était beaucoup plus pâle et contenait très peu de rouge, elle tirait plutôt sur l'or ou même le blanc. Les parties de lumière blanchâtre étaient translucides; elles n'étaient pas positivement transparentes, mais moins denses, plus subtiles que la substance orange.

Quand j'ai été rappelée et au moment où je disais "pas encore", j'ai eu chaque fois une rapide vision de moi-même, c'est-à-dire de ma forme dans le monde supramental. J'étais un mélange de ce qu'étaient ces êtres de haute taille et les êtres à bord du bateau. Le sommet de moi-même, particulièrement la tête, n'était qu'une silhouette dont le contenu était de couleur blanche avec une frange orange. Plus on descendait vers les pieds, plus la couleur ressemblait à celle des gens du bateau, c'est-à-dire orange; plus on remontait vers le sommet, plus c'était translucide et blanc, et le rouge diminuait. La tête n'était qu'une silhouette avec un soleil brillant à l'intérieur; il en sortait des rayons de lumière qui étaient l'action de la volonté.

Quant aux gens que j'ai vus à bord du bateau, je les reconnaissais tous. Certains étaient ici, à l'Ashram, certains venaient d'ailleurs, mais je les connais aussi. J'ai vu tout le monde, mais comme je savais que je ne me souviendrais pas de tous quand je reviendrais, j'ai décidé de ne donner aucun nom. D'ailleurs, ce n'est pas nécessaire. Trois ou quatre visages étaient très clairement visibles, et quand je les ai vus, j'ai compris le sentiment que j'ai eu ici, sur terre, en regardant dans leurs yeux : il y avait une joie si extraordinaire...Les gens étaient jeunes en général; il y avait très peu d'enfants et leur âge variait entre quatorze ou quinze ans environ, certainement pas en dessous de dix ou douze ans (je ne suis pas restée assez longtemps pour voir tous les détails). Il n'y avait pas de personnes très âgées, sauf quelques exceptions. La majorité des gens qui descendaient au rivage étaient d'un âge moyen, sauf quelques-uns.

Déjà, avant cette expérience, certains cas individuels avaient été examinés plusieurs fois à un endroit où l'on examinait les gens capables d'être supramentalisés; j'ai eu alors quelques surprises et les ai notées; je l'ai même dit à certains. Mais ceux que j'ai fait débarquer aujourd'hui, je les ai vus très distinctement; ils étaient d'un âge moyen, ce n'étaient, ni de jeunes enfants ni de vieilles gens, à quelques rares exceptions près, et cela correspondait assez à ce que j'attendais. J'ai décidé de ne rien dire, de ne pas donner de noms. Comme je ne suis pas restée jusqu'à la fin, il ne m'était pas possible de faire un tableau exact; le tableau n'était pas absolument clair ni complet. Je ne veux pas dire les choses à certains et ne pas les dire à d'autres.

Ce que je peux dire, c'est que le point de vue, le jugement, était basé exclusivement d'après la substance qui constituait les gens, c'est-à-dire s'ils appartenaient complètement au monde supramental, s'ils étaient faits de cette substance si particulière. Le point de vue adopté n'est ni moral ni psychologique. Il est probable que la substance dont leur corps était fait, était le résultat d'une loi intérieure ou d'un mouvement intérieur qui, à ce moment-là, n'était pas en question. Du moins il est tout à fait clair que les valeurs sont différentes.

Quand je suis revenue, en même temps que le souvenir de l'expérience, je savais que le monde supramental est permanent, que ma présence là-bas est permanente, et que seul un chaînon manquant était nécessaire pour permettre la jonction dans la conscience et dans la substance, et c'est ce chaînon qui est en train de se construire. J'avais alors l'impression (une impression qui est restée pendant assez longtemps, presque un jour entier) d'une extrême relativité — non, pas exactement : l'impression que la relation entre ce monde-ci et l'autre changeait complètement le point de vue d'après lequel les choses doivent être évaluées ou appréciées. Ce point de vue n'avait rien de mental et il donnait un sentiment intérieur, étrange, que quantités de choses que nous considérons comme bonnes ou mauvaises ne le sont pas réellement.

Il était très clair que tout dépendait de la capacité des choses, de leur aptitude à traduire le monde supramental ou à être en relation avec lui. C'était si complètement différent, parfois même si contraire à notre appréciation ordinaire. Je me souviens d'une petite chose, que d'habitude nous considérons comme mauvaise, comme c'était drôle de voir qu'en vérité c'est une excellente chose! Et d'autres choses que nous considérons comme importantes, n'ont en fait absolument aucune importance : que ce soit comme ceci ou comme cela, n'a aucune importance. Ce qui est très évident, c'est que notre appréciation de ce qui est divin ou non divin n'est pas correcte. J'ai même ri de certaines choses...

Notre sentiment habituel de ce qui est anti-divin semble artificiel, semble basé sur quelque chose qui n'est pas vrai, pas vivant (d'ailleurs, ce que nous appelons la vie ici, ne me paraissait pas vivant par rapport à ce monde), en tout cas, ce sentiment devrait être basé sur notre relation entre les deux mondes et selon que les choses rendent leur relation plus facile ou plus difficile. Ceci rendrait alors toute différente notre appréciation de ce qui nous rapproche du Divin ou de ce qui nous en sépare. Chez les gens aussi, j'ai vu que ce qui les aide à devenir supramental, ou les en empêche, est très différent de ce qu'imaginent nos notions morales habituelles. J'ai senti combien nous sommes...ridicules.

(Puis Mère s'adresse aux enfants) Il y a une continuation de ceci, qui est comme le résultat, dans ma conscience, de l'expérience du 3 février, mais cela paraissait prématuré de le lire maintenant. Ça paraîtra dans le numéro d'avril, à la suite de cela.

Une seule chose — je tiens à vous le dire — qui me paraît, pour le moment, être la différence la plus essentielle entre notre monde et le monde supramental (et c'est seulement après être allée là-bas consciemment, avec la conscience qui fonctionne généralement ici, que cette différence m'est apparue avec ce que l'on pourrait appeler son énormité) : tout ici, excepté ce qui se passe au-dedans et très profondément, m'est apparu absolument artificiel. Aucune des valeurs de la vie ordinaire, physique, n'est basée sur la vérité. Et de même que pour nous vêtir, nous sommes obligés de nous procurer de l'étoffé et de nous coudre des vêtements, de les mettre sur notre dos quand nous voulons les porter, de même pour nous nourrir, nous avons besoin de prendre des choses extérieures et de les mettre au-dedans de notre corps pour être nourris. Pour tout, notre vie est artificielle.

Une vie vraie, sincère, spontanée, comme dans le monde supramental, est un jaillissement des choses par le fait de la volonté consciente, un pouvoir sur la substance qui fait que cette substance s'accorde à ce que nous décidons qui doit être. Et celui qui a le pouvoir et la connaissance peut obtenir ce qu'il veut, tandis que celui qui ne les a pas, n'a aucun moyen artificiel de se procurer ce qu'il désire.

Dans la vie ordinaire, tout est artificiel. Suivant le hasard de la naissance, de la situation, vous avez une position plus ou moins élevée ou une vie plus ou moins confortable, non pas parce que c'est l'expression spontanée, naturelle et sincère de votre manière d'être et de votre besoin intérieur, mais parce que le hasard des circonstances de la vie vous a mis en contact avec ces choses. Un homme absolument sans valeur peut être dans une position très élevée, et un homme qui aurait des capacités merveilleuses de création et d'organisation, peut se trouver en train de peiner dans une situation absolument limitée et inférieure, alors qu'il serait un individu d'une utilité complète si le monde était sincère.

C'est cette artificialité, cette insincérité, ce manque complet de vérité, qui m'est apparu d'une façon tellement choquante que...on se demande comment, dans un monde aussi faux, nous pouvons avoir des appréciations véritables. Mais au lieu de vous rendre chagrins, moroses, révoltés, insatisfaits, on a plutôt le sentiment de ce que j'ai dit pour finir, d'un ridicule tellement risible que pendant quelques jours j'étais prise de fou rire quand je voyais les choses et les gens ! d'un fou rire absolument inexplicable, excepté pour moi, à cause du ridicule des situations. Quand je vous ai conviés à un voyage dans l'inconnu, un voyage d'aventures, je ne savais pas que je disais si vrai, et je peux promettre à ceux qui sont prêts à tenter l'aventure, qu'ils feront des découvertes très intéressantes.

Quelques jours après l'expérience du 3 février. Mère a eu d'autres expériences qui sont comme la continuation de ce qui précède. Voici ces textes :

Chacun promène avec soi, dans son atmosphère, ce que Sri Aurobindo a appelé les "Censeurs"; ce sont en quelque sorte des délégués permanents des forces adverses. Leur rôle est de critiquer impitoyablement chaque acte, chaque pensée, le moindre mouvement de la conscience, et de vous mettre devant les ressorts les plus cachés de votre conduite, de mettre en évidence la moindre vibration inférieure qui accompagne vos pensées ou vos actes apparemment les plus purs, les plus hauts.

Il ne s'agit pas ici de morale. Ces Messieurs ne sont pas des agents moralisateurs, encore qu'ils sachent très bien se servir de la morale ! et quand ils ont affaire à une conscience scrupuleuse, ils peuvent la harasser sans merci, à chaque minute lui chuchoter :

"Tu n'aurais pas dû faire ceci, tu n'aurais pas dû faire cela, tu aurais dû plutôt faire telle chose, dire telle chose, maintenant tu as tout gâché, tu as commis une faute irréparable, vois comment tout est irrémédiablement perdu maintenant par ta faute." Ils peuvent même posséder certaines consciences : vous chassez la pensée, et hop! elle revient deux minutes après; vous la chassez encore et elle est toujours là à vous marteler.

Chaque fois que je rencontre ces Messieurs, je leur fais bon accueil, car ils vous obligent à une sincérité absolue, ils dépistent la plus subtile hypocrisie et vous mettent à chaque instant en face de vos vibrations les plus secrètes. Et ils sont intelligents! d'une intelligence qui dépasse infiniment la nôtre : ils connaissent tout, ils savent retourner contre vous la moindre pensée, le moindre argument, la moindre action, avec une subtilité vraiment merveilleuse. Rien ne leur échappe. Mais ce qui donne une coloration adverse à ces êtres, c'est qu'ils sont d'abord et avant tout des défaitistes. Ils vous présentent toujours le tableau sous son jour le plus noir, au besoin ils défigurent vos propres intentions. Ce sont vraiment des instruments de sincérité. Mais ils oublient toujours une chose, volontairement, quelque chose qu'ils rejettent loin derrière comme si cela n'existait pas : c'est la Grâce divine. Ils oublient la prière, cette prière spontanée qui jaillit tout d'un coup du fond de l'être, comme un appel intense, et qui fait descendre la Grâce, et qui change le cours des choses. :

Et chaque fois que vous avez accompli un progrès, que vous êtes passé à un niveau supérieur, ils vous remettent en présence de tous les actes de votre vie passée, et en quelques mois, quelques jours ou quelques minutes, ils vous font repasser tous vos examens, à un niveau supérieur. Et il ne suffit pas d'écarter la pensée, de dire : "Oh! je sais", et de jeter un petit manteau pour ne pas voir. Il faut faire face et vaincre, garder sa conscience pleine de lumière, sans le moindre tremblement, sans rien dire, sans la moindre vibration dans les cellules du corps, et alors l'attaque se dissout.

Mais nos conceptions du Bien et du Mal sont tellement dérisoires ! tellement dérisoire notre idée de ce qui est proche du Divin ou loin du Divin! L'expérience de l'autre jour (3 février), a été pour moi révélatrice, j'en suis sortie complètement changée. J'ai compris tout d'un coup quantité de choses du passé, des actes, des parties de ma vie qui restaient inexplicables — en vérité, le plus court chemin d'un point à un autre n'est pas la ligne droite que les hommes imaginent !

Et tout le temps qu'a duré cette expérience, une heure — une heure de ce temps-là, c'est long, j'étais dans un état de gaieté extraordinaire, presque en état d'ébriété ... La différence entre les deux consciences est telle que quand on est dans l'une, l'autre semble irréelle, comme un rêve. Quand je suis revenue, j'ai été tout d'abord frappée par la futilité de la vie ici; nos petites conceptions d'en bas semblent tellement risibles, tellement comiques ... Nous disons de certaines gens qu'ils sont fous, mais leur folie est peut-être une grande sagesse, d'un point de vue supramental, et leur conduite est peut-être proche de la vérité des choses — je ne parle pas des fous obscurs qui ont eu un accident au cerveau, mais de beaucoup d'autres fous incompréhensibles, les fous lumineux : ils ont voulu franchir la frontière trop vite et le reste n'a pas suivi.

Quand on regarde le monde des hommes depuis la conscience supramentale, le trait dominant est un sentiment d'étrangeté, d'artificialité — un monde absurde parce qu'il est artificiel. Ce monde est faux parce que son apparence matérielle n'exprime pas du tout la vérité profonde des choses. Il y a comme une dislocation entre l'apparence et l'intérieur.

Ainsi, un homme qui a un pouvoir divin au fond de lui-même, peut se trouver sur le plan extérieur dans une situation d'esclave. C'est absurde! Tandis que dans le monde supramental, c'est la volonté qui agit directement sur la substance, et la substance est obéissante à cette volonté. Vous voulez vous couvrir : la substance dans laquelle vous vivez, prend immédiatement la forme d'un vêtement pour vous couvrir. Vous voulez vous déplacer d'un endroit à un autre : votre volonté suffit à vous transporter sans avoir besoin d'un véhicule, d'un artifice quelconque.

Ainsi, le bateau de mon expérience n'avait besoin d'aucun mécanisme pour se mouvoir, c'était la volonté qui modifiait la substance suivant ses besoins. Quand il a fallu débarquer, le débarcadère a été formé de lui- même. Quand j'ai voulu faire débarquer les groupes, ceux qui devaient débarquer le savaient automatiquement, sans que j'aie besoin de dire un mot, et ils venaient à tour de rôle. Tout se passait dans le silence, il n'y avait pas besoin de parler pour se faire comprendre; mais le silence lui-même, à bord du bateau, ne donnait pas cette impression artificielle qu'il donne ici. Ici, quand on veut le silence, il faut se taire; le silence, c'est le contraire du bruit. Là- bas, le silence était vibrant, vivant, actif et compréhensif, compréhensible.

L'absurdité ici, ce sont tous les moyens artificiels dont il faut user. N'importe quel imbécile a plus de pouvoir s'il a plus de moyens pour acquérir les artifices nécessaires. Tandis que dans le monde supramental, plus on est conscient et en rapport avec la vérité des choses, plus la volonté a de l'autorité sur la substance. L'autorité est une autorité vraie. Si vous voulez un vêtement, il faut avoir le pouvoir de le faire, un pouvoir réel. Si vous n'avez pas ce pouvoir, eh bien, vous restez nu. Aucun artifice n'est là pour suppléer au manque de pouvoir. Ici, pas une fois sur un million l'autorité n'est une expression de quelque chose de vrai. Tout est formidablement stupide.

Quand je suis redescendue — "redescendue", c'est une façon de parler, car ce n'est ni en haut, ni en bas, ni dedans, ni dehors, c'est ... quelque part...Il m'a fallu un certain temps pour me réajuster. Je me souviens même d'avoir dit à quelqu'un : "Maintenant, nous allons retomber dans notre stupidité coutumière." Mais j'ai compris beaucoup de choses et je suis revenue de là avec une force définitive. Maintenant, je sais que notre façon d'évaluer les choses ici-bas, notre petite morale, est sans rapport avec les valeurs du monde supramental.

Ces choses de la surface ne sont pas dramatiques. Elles m'apparaissent de plus en plus comme des bulles de savon, surtout depuis le 3 février. Il y a des gens qui viennent me voir désespérés, en larmes, dans ce qu'ils appellent de terribles souffrances morales; quand je les vois ainsi, je déplace un peu l'aiguille dans ma conscience qui vous contient, et quand ils s'en vont, ils se trouvent tout soulagés. C'est juste comme l'aiguille d'une boussole : on déplace un peu l'aiguille dans la conscience, et c'est fini. Naturellement, ça revient après, à cause de l'habitude. Ce ne sont rien que des bulles de savon.

J'ai connu aussi la souffrance, mais il y avait toujours une partie de moi-même qui savait se tenir en arrière, à l'écart. La seule chose qui m'apparaisse encore dans le monde comme intolérable, maintenant, ce sont toutes les détériorations physiques, les souffrances physiques, la laideur, l'impuissance à exprimer cette capacité de beauté qui est en chaque être. Mais ça aussi, ce sera conquis un jour. Là aussi, le pouvoir viendra un jour de déplacer un peu l'aiguille. Seulement, il faut monter plus haut dans la conscience : plus on veut descendre dans la matière, plus il faut s'élever dans la conscience. Cela demandera du temps. Sri Aurobindo avait sûrement raison quand il parlait de quelques siècles.

Entretien du 19 février 1958

samedi 27 décembre 2008

Entretien de Mère du 10 septembre 1958

Douce Mère, qu'est-ce que la magie blanche?

On appelle "magie blanche" la magie bienfaisante ' — et "magie noire" la magie malfaisante. Mais enfin ce sont des mots, cela n'a pas de sens. Magie ?... C'est une connaissance qui est réduite à des formules purement matérielles. Ce sont comme des mots, ou des chiffres, ou des combinaisons de mots et de chiffres qui, simplement s'ils sont prononcés ou s'ils sont écrits, même par quelqu'un qui n'a pas de pouvoir intérieur, doivent agir. C'est en occultisme le correspondant des formules chimiques en science. N'est-ce pas, en science, vous avez des formules chimiques pour combiner certains éléments et en produire d'autres ; même si vous n'avez pas de pouvoir mental ni de pouvoir vital, ni même de pouvoir physique, et que vous suiviez à la lettre la formule que vous avez, vous arrivez au résultat voulu.

Il suffit simplement d'avoir de la mémoire. Eh bien, on a essayé en occultisme la même chose, de faire des combinaisons de sons, de lettres, de chiffres, de mots, qui ont, par leurs propres qualités, le pouvoir d'obtenir un résultat. Ainsi, le premier imbécile venu, s'il apprend cela et qu'il fasse exactement ce qu'on lui dit, obtient (ou croit obtenir) le résultat qu'il veut obtenir. Tandis que ... Prenons par exemple le mantra, qui est un occultisme; à moins que le mantra ne soit donné par un gourou et que le gourou ne vous passe son pouvoir occulte ou spirituel avec le mantra, vous pouvez répéter votre mantra des milliers de fois, il n'aura aucun effet.

C'est-à-dire que dans le vrai occultisme, il faut avoir la qualité, la capacité, le don intérieur pour l'utiliser, et c'est cela la sauvegarde. Le vrai occultisme, le premier imbécile venu ne peut pas le faire. Et ce n'est plus de la magie, ni de la magie blanche, ni de la magie noire, ni de la magie dorée , ce n'est plus de la magie du tout, c'est un pouvoir spirituel qu'il faut acquérir par une longue discipline ; et finalement, qui ne vous .est donné que par une grâce divine.

C'est-à-dire que dès que l'on approche de la Vérité, on est à l'abri de tout charlatanisme, de toute prétention et de tout mensonge. De cela, j'ai eu des preuves nombreuses et extrêmement concluantes. Et alors, celui qui a le pouvoir occulte véritable possède en même temps, par la puissance de cette vérité intérieure, le pouvoir de défaire toutes les magies blanches ou noires, ou de quelque couleur qu'elles soient, simplement par l'application d'une goutte de cette vérité, pourrait-on dire.

Il n'y a rien qui puisse résister à ce pouvoir-là. Et ceci est fort connu de tous ceux qui pratiquent la magie, parce qu'ils ont toujours très grand soin, dans tous les pays mais plus particulièrement dans l'Inde, de ne jamais essayer aucune de leurs formules contre des yogi ou des 'saints, parce qu'ils savent que ces formules, qu'ils envoient avec leur petit pouvoir mécanique très superficiel, viendront frapper, comme une balle sur un mur, le vrai pouvoir qui protège celui qui a une vie spirituelle, et tout naturellement leur formule rebondira et retombera sur eux.

Le yogi ou le saint n'a rien à faire, il n'a même pas à vouloir se protéger : c'est une chose automatique. Il est dans un état de conscience et de pouvoir intérieur qui le protège automatiquement de tout ce qui est inférieur. Naturellement, il peut aussi volontairement utiliser son pouvoir pour en protéger d'autres.

Ce rebondissement de la mauvaise formation contre son atmosphère le protège, lui, automatiquement, mais si cette mauvaise formation est faite contre quelqu'un qu'il protège ou qui simplement demande son aide, alors il peut, par un mouvement de sa propre atmosphère, de sa propre aura, entourer la personne qui est en butte aux maléfices magiques, et le procédé de rebondissement agit de la même manière et fait que la formation mauvaise retombe tout naturellement sur celui qui l'a faite. Mais dans ce cas,, la volonté consciente du yogi ou du saint ou du sage est nécessaire. Il faut qu'il soit mis au courant de l'événement et qu'il décide d'intervenir. Voilà la différence entre la vraie connaissance et la magie. Autre chose ?... C'est tout ?

Mère, est-ce que la science physique, par son progrès, peut s'ouvrir à l'occultisme?

Elle ne l'appelle pas "occultisme", c'est tout. C'est seulement une question de mots ... Ils sont en train de faire des découvertes sensationnelles que ceux qui avaient la connaissance occulte savaient déjà il y a des milliers d'années ! Ils ont fait un long circuit et ils arrivent à la même chose.

Avec les découvertes tout à fait récentes de la médecine, de la science appliquée, par exemple, ils sont en train de toucher comme cela, avec un intérêt émerveillé, des choses qui ont été connues par certains sages il y a extrêmement longtemps. Et alors, ils vous donnent cela comme des merveilles nouvelles mais enfin elles sont un peu vieilles, leurs merveilles !

Ils finiront par faire de l'occultisme sans savoir qu'ils en font ! Parce que, au fond, dès que l'on s'approche tant soit peu de la vérité des choses, et quand on est sincère dans sa recherche, que l'on ne se contente pas seulement des apparences, que l'on veut vraiment trouver quelque chose, on s'enfonce, on s'enfonce derrière les apparences, alors on commence à avancer vers la vérité des choses; et à mesure que l'on s'approche de ça, eh bien, on retrouve la même connaissance que d'autres, qui ont commencé par entrer au-dedans, ont rapporté de leurs découvertes intérieures.

C'est seulement la méthode et le chemin qui sont différents, mais la chose découverte sera la même, parce qu'il n'y en a pas deux à découvrir, il n'y en a qu'une. Forcément ce sera la même. Tout dépend du chemin que l'on suit; les uns vont vite, les autres vont lentement, les uns vont direct, les autres font (comme je dis) un grand circuit, et combien de travail ! Comme ils ont travaillé !... C'est très respectable, d'ailleurs.

Maintenant, ils sont en train de découvrir qu'avec l'hypnotisme, ils peuvent remplacer les anesthésiques avec des résultats infiniment meilleurs. Eh bien, l'hypnotisme est une forme, une forme rendue moderne par l'expression de l'occultisme; une forme très limitée, très petite, d'un pouvoir tout à fait exigu en comparaison du pouvoir occulte, mais enfin c'est une forme d'occultisme sur laquelle on a mis des mots modernes pour rendre la chose moderne. Et je ne sais pas si vous êtes au courant de cela, mais c'est très intéressant à un certain point de vue : par exemple, on a essayé ce procédé d'hypnotisme pour quelqu'un à qui l'on voulait faire une greffe de la peau sur une blessure.

Je ne me souviens plus des détails, mais il fallait que le bras reste pendant quinze jours attaché à la jambe... Si l'on procède en vous immobilisant par du plâtre et des bandages et toutes sortes de choses, lorsque les quinze jours sont passés, vous ne pouvez plus bouger, tout est ankylosé et il vous faut des semaines et des traitements pour pouvoir recouvrer le libre usage de votre bras. Dans ce cas-là, on n'avait rien lié, rien immobilisé matériellement, pas de plâtre, pas de bandages, rien, on avait simplement hypnotisé la personne et on lui avait dit de tenir son bras comme cela.

Elle l'a tenu pendant les quinze jours, sans effort, sans difficulté, sans que sa volonté ait besoin d'intervenir : c'était la volonté de celui qui l'avait hypnotisée qui intervenait. Ça a parfaitement réussi, le bras est resté dans la position voulue, et, quand les quinze jours ont été passés et que l'on a défait- l'hypnotisme, qu'on a dit à la personne : "Maintenant, vous pouvez bouger", elle s'est mise à bouger ! Eh bien, c'est un progrès. On va se rencontrer bientôt, ce ne sera plus du tout qu'une question de mots — alors, si l'on n'est pas trop obstiné, on peut s'entendre sur la valeur des mots !

Douce mère, on dit que l'hypnotisme a un mauvais effet, après, sur la personne hypnotisée ?

Non, non ! Si quelqu'un fait de l'hypnotisme pour imposer sa volonté à un autre, évidemment cela peut faire beaucoup de mal à l'autre, mais nous parlons d'un hypnotisme qui est fait d'une façon "humanitaire", pourrait-on dire, et pour des raisons précises. On peut éviter tout mauvais effet si celui qui le fait n'a pas de mauvaises intentions.

Si vous employez des formules chimiques d'une façon ignorante, vous pouvez produire une explosion (rires), et ça c'est très dangereux! Eh bien, si vous employez des formules occultes avec ignorance — ou avec égoïsme, ce qui est encore pire que l'ignorance — , vous pouvez aussi avoir des effets maléfiques. Mais ce n'est pas que l'occultisme soit mauvais, ni que l'hypnotisme soit mauvais, ni que la chimie soit mauvaise. Vous n'allez pas bannir la chimie parce qu'il y a des gens qui font des explosions ! (rires)

Pour apprendre l'occultisme, il faut avoir des qualités spéciales, n'est-ce pas, tandis que pour apprendre la science ...

Mais pour toute chose, il faut avoir des qualités spéciales !

La connaissance scientifique est à la portée générale.

Écoutez, si vous n'êtes pas artiste, vous pouvez travailler pendant des années avec des brosses, des pinceaux, des couleurs, des toiles, et dépenser beau- coup d'argent et beaucoup d'efforts — et faire des choses horribles. Si vous n'êtes pas musicien, vous pouvez vous atteler pendant des heures à jouer du piano et vous ne ferez jamais rien de convenable. Il faut toujours des qualités spéciales ... Mais même un athlète ; si vous n'êtes pas né athlète, vous pouvez bien essayer tant que vous voulez, vous ne réussirez qu'à une chose tout à fait moyenne et ordinaire. Ce sera mieux que celui qui n'essaie pas, mais cela ne veut pas dire qu'automatiquement vous allez réussir. D'ailleurs, si l'on va un pas plus loin, tout le monde possède au-dedans de soi des possibilités innombrables, que l'on ignore et qui ne se développent que si l'on fait ce qu'il faut, de la manière qu'il faut...

Mais il y a deux genres de progrès, il n'y en a pas un seul ; il y a le progrès .qui consiste à rendre plus parfaites les possibilités, les capacités, les facultés et les qualités que l'on a — c'est généralement ce que l'on obtient par l'éducation ; mais si vous faites un développement un peu plus approfondi, en vous approchant d'une vérité plus profonde, vous pouvez ajouter aux qualités que vous avez, des qualités nouvelles qui sont comme endormies dans votre être.

Vous pouvez multiplier vos possibilités, les agrandir, les augmenter ; vous pouvez faire surgir tout d'un coup quelque chose que vous ne pensiez pas avoir. Je vous ai expliqué cela déjà plusieurs fois. Quand on découvre son être psychique au-dedans de soi, en même temps, il y a des choses que l'on ne pouvait pas du tout faire et que l'on croyait ne pas avoir dans sa nature, qui se développent et qui se manifestent d'une façon tout à fait inattendue. De cela aussi, j'ai eu des exemples multiples. Je vous en ai donné un, que je vous répète encore une fois pour me faire comprendre.

Je connaissais une jeune fille qui était née dans un milieu très ordinaire, qui n'avait pas reçu beaucoup d'éducation et qui écrivait un français plutôt maladroit, qui n'avait pas cultivé son imagination et qui n'avait absolument aucun sens littéraire : ça paraissait être parmi les possibilités qu'elle n'avait pas. Eh bien, quand elle a eu cette expérience intérieure du contact avec son être psychique, et tant que le contact était vivant et très présent, elle écrivait des choses admirables. Quand elle retombait de cet état dans un état ordinaire, elle ne savait même pas mettre deux phrases ensemble d'une façon correcte ! Et j'ai eu les deux choses dans les mains.

On a un génie au-dedans de soi — on ne le sait pas.

Il faut trouver le moyen de le faire sortir ... Mais il est là qui dort — il ne demande pas mieux que de se manifester, il faut lui ouvrir la porte.