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mercredi 6 avril 2011

La Lumière de Vérité


Quand l'obscurité s'approfondit et étouffe le cœur de la terre
Et que le mental corporel de l'homme est la seule lampe,
Cachant ses pas comme un voleur dans la nuit,
Quelqu'un entrera inaperçu dans la maison.

Une Voix mal entendue parlera, l'âme obéira,
Un pouvoir se glissera dans la chambre intérieure du mental,
Un charme et une douceur ouvriront les portes closes de la vie
Et la beauté vaincra la résistance du monde,

La lumière de vérité capturera la Nature par surprise,
Furtivement Dieu contraindra les cœurs à la béatitude
Et sans s'y attendre la terre deviendra divine.

Dans la Matière s'allumera la radiance de l'esprit,
En chaque corps brûlera la naissance sacrée,
La nuit s'éveillera à l'hymne des étoiles,
Les jours deviendront une joyeuse marche de pèlerin,
Notre volonté, une force du pouvoir de l'Eternel,
Et notre pensée, les rayons du soleil spirituel.

Peu d'êtres verront ce que nul encore ne comprend ;
Dieu grandira tandis que les hommes sages parleront et dormiront

Car l'homme ne connaîtra la venue qu'à son heure
Et la foi ne viendra que lorsque le travail sera fait.

Savitri, Livre I, Chant IV

dimanche 15 août 2010

Ô race née de la Terre

Ô race née de la Terre, que le destin emporte
Et que la Force contraint,
Ô futiles aventuriers dans un monde infini,
Prisonniers d'une humanité de nains,

Tournerez vous sans fin dans la ronde du mental
Autour d'un petit moi et de médiocres riens ?

Vous n'étiez pas nés pour une petitesse irrévocable
Ni bâtis pour de vains recommencements
Vous étiez faits de la substance de l'Immortel
Vos actes peuvent être de rapides foulées révélatrices,
Votre vie, un moule changeant pour des dieux qui grandissent.

Un Voyant, un puissant Créateur est en vous,
La grandeur immaculée veille sur vos jours,
Des pouvoirs tout puissants sont enfermés dans les cellules de la Nature.

Une destinée plus grande vous attend :
Cet être terrestre transitoire, s'il le veut
Peut accorder ses actes à un plan transcendant.
Celui-là, maintenant, qui regarde le monde avec des yeux ignorants.

A peine sorti de la nuit inconsciente,
Qui voit des images et non la Vérité,
Peut emplir ce regard d'une vision immortelle.
En vérité, le dieu grandira dans vos coeurs,
Vous vous éveillerez à l'air de l'esprit
Et sentirez les murs du mental mortel s'écrouler
Vous entendrez le message qui est resté muet au coeur de la vie.

Et sonderez la Nature avec des yeux solaires
Et sonnerez vos conques aux portes de l'éternel.
Auteurs des grandes métamorphoses terrestres,
C'est à vous qu'il est donné
De traverser les dangereux espaces de l'âme
Et de réveiller totalement la formidable Mère
Et de trouver le Tout-Puissant dans cette demeure de chair
Et que cette vie devienne les millions de corps de l'UN.

Savitri, Livre IV, Chant III, l'Appel de l'Inconnu

mercredi 30 décembre 2009

La vision et la Grâce

La terre était ravagé par le feu
Et le grondement de la mort
Hurlait pour massacrer un monde que sa faim avait créé ;
J'ai entendu retentir les ailes de fer de la destruction :
Le cri de guerre du titan résonnait dans mes oreilles,
l'alarme et le tumulte secouaient la nuit armée.

J'ai vu les pionniers de flamme du Tout-puissant
Sur le versant céleste qui touche la vie
Descendre en foule les marches d'ambre de la naissance ;
Avant-coureurs d'une multitude divine
Ils venaient par les sentiers de l'étoile du matin,
Ils entraient dans le petit espace de la vie mortelle.

Je les ai vus traverser le crépuscule d'un âge,
Les fils aux yeux de soleil d'une aube merveilleuse,
Les grands créateurs au front ceint de calme,
Puissants briseurs des barrières du monde
Et lutteurs contre le destin dans le champ clos de ses décrets,
travailleurs dans les mines des dieux,
Messagers de l'Incommunicable,
Architectes de l'immortalité.

Ils entraient dans la sphère déchue des hommes,
Leurs faces portaient encore la gloire de l'Immortel,
Leurs voix communiaient encore avec la pensée de Dieu,
Leurs corps irradiaient la beauté de la Lumière de l'Esprit,
Porteurs du mot magique, du feu mystique,
Porteurs de la coupe dionysiaque de la joie,
Leurs yeux brillaient d'un homme plus divin,
Leurs lèvres chantaient l'hymne inconnu de l'allégresse de l'âme,
Leurs pas résonnaient dans les corridors du temps.

Grands prêtres de la sagesse et de la douceur et de la puissance et félicité,
Découvreurs des chemins ensoleillés de la beauté,
Nageurs des torrents rieurs de l'Amour brûlant,
Corybantes dans le temple d'or de l'extase,
Un jour leur pas changeront la souffrance de la terre
et justifieront la lumière sur la face de la nature.
...

Sri Aurobindo,
Extrait de Savitri livre III, chant IV.