jeudi 30 juin 2011

Entretiens avec Sri Aurobindo

Si tout vient de l'extérieur, que sommes nous donc ? Qu'est-ce qui nous appartient en propre ?

Sri Aurobindo : En un sens, rien ne nous appartient. Le physique est composé, pourrions-nous dire, de diverses prédispositions : certaines énergies provenant de l'hérédité, de vos vies passées ( la somme des énergies du passé ) et de ce que vous avez acquis dans cette vie. Tous ces éléments sont prêts à agir dans des conditions favorables, sous la pression de la nature, la nature universelle qui vous donne le sentiment du moi : " C'est moi qui fait tout ". Ce moi et ce mien n'ont aucune véritable existence.

L'autre jour, vous nous avez parlé de la personnalité fondamentale. Je ne vous ai pas très bien compris.

Sri Aurobindo : Il y a deux choses à ne pas confondre : la personnalité et la Personne. La Personne, c'est le Purusha divin éternel revêtant plusieurs personnalités et projeté dans le temps comme le Cosmique et l'Individu, pour un but, une utilisation ou un travail particuliers. Même en tant qu'Individu, ce Purusha reste toujours conscient de son identité avec le Cosmique. C'est ce qui rend possible la libération de l'Individu.

La libération est-elle statique ou dynamique ?

Sri Aurobindo : Elle est les deux à la fois. Dans son aspect statique, c'est le Moi, infini, un, sans mouvement, sans action, sans dualité. Quand à l'aspect dynamique, cela dépend du lieu où votre expérience perçoit l'unité. Si c'est dans le mental, votre mental ne fait plus qu'un avec le mental cosmique, si c'est dans le vital, votre vital devient une partie du vital cosmique, si c'est dans le physique, le corps est perçu comme un grain de matière universelle.

De même qu'il existe un mur qui sépare la nature extérieure de l'âme, de l'être psychique, il existe également un mur au-dessus de la tête. En brisant ce mur ou ce couvercle, comme on l'appelle, on perçoit son moi individuel dans l'Infini ou l'on sent que l'on est devenu l'Infini. L'ouverture peut-être verticale ou horizontale, à divers niveaux : être vital, coeur etc...

Entretiens avec Sri Aurobindo, janvier 1939

mercredi 6 avril 2011

La Lumière de Vérité


Quand l'obscurité s'approfondit et étouffe le cœur de la terre
Et que le mental corporel de l'homme est la seule lampe,
Cachant ses pas comme un voleur dans la nuit,
Quelqu'un entrera inaperçu dans la maison.

Une Voix mal entendue parlera, l'âme obéira,
Un pouvoir se glissera dans la chambre intérieure du mental,
Un charme et une douceur ouvriront les portes closes de la vie
Et la beauté vaincra la résistance du monde,

La lumière de vérité capturera la Nature par surprise,
Furtivement Dieu contraindra les cœurs à la béatitude
Et sans s'y attendre la terre deviendra divine.

Dans la Matière s'allumera la radiance de l'esprit,
En chaque corps brûlera la naissance sacrée,
La nuit s'éveillera à l'hymne des étoiles,
Les jours deviendront une joyeuse marche de pèlerin,
Notre volonté, une force du pouvoir de l'Eternel,
Et notre pensée, les rayons du soleil spirituel.

Peu d'êtres verront ce que nul encore ne comprend ;
Dieu grandira tandis que les hommes sages parleront et dormiront

Car l'homme ne connaîtra la venue qu'à son heure
Et la foi ne viendra que lorsque le travail sera fait.

Savitri, Livre I, Chant IV

lundi 21 février 2011

Le mantra de Mère : ÔM NAMO BHAGAVATÉ



Le premier mot représente...

Je mets «représente», parce que le mot est toujours une forme symbolique de quelque chose qui le dépasse infiniment. C'est l'une des choses que l'on doit sentir: c'est comme un moyen de contact. Un moyen de contact que l'on rend de plus en plus efficace, d'abord par la sincérité de la concentration, de l'aspiration, puis par l'usage, par l'emploi, en ayant soin de toujours garder le contact avec Ce qui est au-delà quand on l'emploie. Et ça fait comme une concentration, comme si le mot se chargeait de force, se chargeait de plus en plus comme une batterie, mais une batterie qui peut prendre indéfiniment. Alors j'ai mis (ce qui m'a paru plus exact) :

Le premier mot «représente». Il représente : L'invocation suprême...

C'est-à-dire Ce que l'on peut atteindre de plus haut dans l'aspiration et dans l'invocation – ce qui est le plus pur, le plus haut. «Le plus pur», je veux dire : être exclusivement sous l'influence du Divin. Alors j'ai mis : l'invocation suprême l'invocation du Suprême.

Le premier mot, on invoque le Suprême dans tout ce que l'on peut atteindre et tout ce que l'on atteindra, et indéfiniment. Ce doit être un mot progressif.

Le deuxième mot représente : Le don total de soi...

On invoque, puis on fait le don total de soi. la soumission parfaite. Soumission parfaite dans tous les états d'être. Ça vient progressivement, ça vient à travers des années de répétition, mais c'est cela que le mot doit représenter quand on le dit : le don total de soi à... ce Suprême, qui dépasse naturellement toute conception. La soumission parfaite, c'est-à-dire la soumission spontanée, qui ne demande ni effort ni rien – une soumission qui doit être tout à fait spontanée. Ça aussi, c'est quelque chose qui s'atteint petit à petit; c'est pourquoi j'ai dit que le mantra est progressif, en ce sens qu'il se perfectionne de plus en plus.

Le troisième mot représente : l'aspiration...

Ce n'est pas exactement ce que l'on demande, mais c'est...Vraiment, il n'y a que le mot aspiration. C'est infiniment plus qu'espérer : il y a la certitude que ce sera comme cela, mais on n'oublie jamais que c'est ÇA que l'on veut. Et j'ajoute : Ce que la manifestation...
Vraiment, c'est la manifestation physique, terrestre; pour le moment, c'est ce qui nous concerne, mais c'est le début d'autre chose. Alors, pour le moment : Ce que la manifestation doit devenir...
Cette manifestation terrestre doit devenir : Divine.

«Divine», on met dans le mot la réflexion de tout ce que l'on a mis dans le mot «Suprême».
Mais je l'ai dit en commençant, toute activité mentale diminue le pouvoir; ce doit être l'élan de tout l'être, avec aussi peu de pensée que possible.
Ça, je peux te le donner (Mère donne sa note). Tu peux le garder.
Les trois mots, tu les connais...
(longue concentration)
ÔM..........................

Agenda du 19 février 1965

dimanche 5 décembre 2010

Jours de prison

Tandis que je marchais, Sa Force est à nouveau entrée en moi. Je regardais la prison qui m'isolait des hommes, et ce n'étaient plus de hauts murs qui m'emprisonnaient, non, c'était Vâsudéva qui m'entourait. Je marchais sous les branches de l'arbre devant ma cellule, mais ce n'était plus un arbre, je savais que c'était Vâsudeva, c'était Sri Krishna que je voyais là, debout, m'abritant de Son ombre. Je regardais les barreaux de ma cellule, la grille même qui servait de porte, et je voyais encore Vâsudeva. C'était Narayana qui montait la garde, Narayana la sentinelle.

Et quand je m'allongeais sur les couvertures de crin que l'on m'avait donné en guise de lit, je sentis les bras de Sri Krishna autour de moi, les bras de mon Ami et Bien-Aimé...

Je regardais les prisonniers de l'endroit, les voleurs, les meurtriers les escrocs, et comme je les regardais, je vis Vasoudéva, c'était Narayana que je découvrais en ces âmes obscurcies et ces corps mal employés.

...

Quand l'affaire s'ouvrit, la même vision me suivait. Il me dit : " Quand on t'a jeté en prison, ton coeur n'a t'il pas défailli et n'as-tu pas crié vers moi : Où est ta protection ? Maintenant regardes le juge, regardes le procureur ".

Je regardais devant moi et ce n'était pas le juge que je voyais, c'était Vâsudeva, c'était Nârâyana qui siégeait là sur le banc. Je regardais le procureur et ce n'était pas le procureur que je voyais, c'était Sri Krishna, c'était mon Ami et Bien-Aimé qui était assis là, et qui me souriait.

" As-tu peur maintenant ? " m'a-t-Il demandé. "Je suis en tous les hommes et conduis leurs actes et leurs paroles. Ma protection est toujours avec toi et tu n'as rien à craindre. Ce procès qui est intenté contre toi, laisses-m'en la charge, ce n'est pas ton affaire. Ce n'est pas pour ce procès que je t'ai conduit ici, mais pour autre chose, le procès en lui-même n'est qu'un moyen que j'utilise pour accomplir mon oeuvre, rien de plus ".

Sri Aurobindo, Extrait de Jours de prison

dimanche 26 septembre 2010

Consécration

Si l'on voulait le Divin, le Divin lui-même se chargerait de purifier le cœur, de faire avancer la sâdhanâ et de donner les expériences nécessaires; cela peut arriver et il en est ainsi lorsqu'on a envers le Divin un sentiment de certitude confiante et la volonté de se consacrer.

Pour que le Divin se charge de la sâdhanâ, il faut en effet se placer entre ses mains au lieu de se fier seulement à ses propres efforts; il faut faire confiance au Divin et se donner à lui de plus en plus. C'est en fait ce principe que j'ai appliqué dans ma propre sâdhanâ et c'est le processus central du yoga tel que je l'envisage. C'est aussi, je suppose, ce que Sri Râmakrishna voulait dire par sa métaphore du petit chat. Mais tous ne peuvent suivre cette méthode dès le début: il leur faut du temps pour y accéder; elle se développe surtout quand le mental et le vital sont calmés.

Par consécration, j'entends la consécration intérieure du mental et du vital. Il y a aussi, évidemment, la consécration extérieure, l'abandon de tout ce qui se trouve en conflit avec l'esprit ou les nécessités de la sâdhanâ, l'offrande, l'obéissance au Divin Guide, que ce soit directement - lorsqu'on a atteint ce stade - ou par l'intermédiaire du psychique, ou encore en suivant les conseils du Gourou. Je dois dire que le prâyopavéshana (jeûne prolongé) n'a rien à voir avec la consécration: c'est une forme de tapasyâ d'un genre très austère et, à mon avis, très excessif et souvent dangereux.


Le cœur de la consécration intérieure est la confiance en le Divin et le sentiment de certitude qui l'accompagne. L'attitude à prendre est :

"Je veux le Divin et rien d'autre. Je veux me donner entièrement à Lui et puisque c'est ce que veut mon âme, je le rencontrerai et le réaliserai: il ne peut en être autrement. Je ne demande rien de plus sinon qu'il agisse en moi pour m'amener à Lui par une action cachée ou visible, voilée ou manifeste. Je n'insiste pas pour que cela arrive à mon heure et à ma manière; qu'il fasse tout à sa manière et à son heure; je croirai en Lui, j'accepterai sa volonté, j'aspirerai sans relâche à sa lumière, à sa présence, à sa joie, j'irai à travers toutes les difficultés, tous les retards, m'en remettant à Lui, n'abandonnant jamais. Que mon mental soit calme, qu'il fasse confiance au Divin et lui permette de l'ouvrir à sa Lumière; que mon vital soit tranquille et se tourne vers Lui seul, qu'il lui permette de l'ouvrir à son calme et à sa joie. Tout pour Lui et moi pour Lui. Quoi qu'il arrive, je me tiendrai à cette aspiration et à ce don de moi-même et je continuerai, m'en remettant à lui, parfaitement confiant que tout sera fait."

Telle est l'attitude que l'on doit adopter peu à peu; car elle ne saurait être parfaite d'un seul coup: les mouvements du mental et du vital interviennent, mais si l'on garde la volonté d'y parvenir, elle grandira dans l'être. Pour le reste il surfit d'obéir à la Direction quand elle se manifeste, sans permettre aux mouvements du vital et du mental d'y faire obstacle.

Je ne prétends pas que cette voie soit la seule ni que la sâdhanâ ne puisse pas être faite autrement: il y a bien d'autres manières d'approcher le Divin; mais c'est la seule que je connaisse où le fait que le Divin se charge de la sâdhanâ devienne perceptible avant même que la préparation de la nature soit achevée.

Dans d'autres méthodes l'action du Divin peut être sentie par moments, mais elle reste la plupart du temps derrière le voile jusqu'à ce que tout soit prêt. Certaines sâdhanâ ne reconnaissent pas l'action divine: tout doit se faire par tapasyâ. La plupart d'entre elles combinent les deux; la tapasyâ finit par appeler l'aide et l'intervention directes. L'idée et l'expérience d'un Divin qui fait tout appartiennent à un yoga fondé sur la consécration. Mais quel que soit le chemin suivi, la seule chose à faire est d'y être fidèle et d'aller jusqu'au bout.

Le Divin peut tout faire, purifier le cœur et la nature, éveiller la conscience intérieure, retirer les voiles, si l'on se donne à Lui avec confiance; et même si l'on ne peut pas le faire complètement dès le début, plus on le fait, plus l'aide et la direction intérieures viennent et plus l'expérience intérieure du Divin s'accroît. Si le mental questionneur devient moins actif et qu'augmentent l'humilité et la volonté de se soumettre à Lui, cela devrait être tout à fait possible. Aucune autre force, aucune autre tapasyâ n'est alors nécessaire: celle-ci suffit.

Sri Aurobindo

dimanche 15 août 2010

Ô race née de la Terre

Ô race née de la Terre, que le destin emporte
Et que la Force contraint,
Ô futiles aventuriers dans un monde infini,
Prisonniers d'une humanité de nains,

Tournerez vous sans fin dans la ronde du mental
Autour d'un petit moi et de médiocres riens ?

Vous n'étiez pas nés pour une petitesse irrévocable
Ni bâtis pour de vains recommencements
Vous étiez faits de la substance de l'Immortel
Vos actes peuvent être de rapides foulées révélatrices,
Votre vie, un moule changeant pour des dieux qui grandissent.

Un Voyant, un puissant Créateur est en vous,
La grandeur immaculée veille sur vos jours,
Des pouvoirs tout puissants sont enfermés dans les cellules de la Nature.

Une destinée plus grande vous attend :
Cet être terrestre transitoire, s'il le veut
Peut accorder ses actes à un plan transcendant.
Celui-là, maintenant, qui regarde le monde avec des yeux ignorants.

A peine sorti de la nuit inconsciente,
Qui voit des images et non la Vérité,
Peut emplir ce regard d'une vision immortelle.
En vérité, le dieu grandira dans vos coeurs,
Vous vous éveillerez à l'air de l'esprit
Et sentirez les murs du mental mortel s'écrouler
Vous entendrez le message qui est resté muet au coeur de la vie.

Et sonderez la Nature avec des yeux solaires
Et sonnerez vos conques aux portes de l'éternel.
Auteurs des grandes métamorphoses terrestres,
C'est à vous qu'il est donné
De traverser les dangereux espaces de l'âme
Et de réveiller totalement la formidable Mère
Et de trouver le Tout-Puissant dans cette demeure de chair
Et que cette vie devienne les millions de corps de l'UN.

Savitri, Livre IV, Chant III, l'Appel de l'Inconnu

samedi 17 juillet 2010

Si seulement les hommes...


Au temps où j'étais endormi dans l'Ignorance, j'arrivai à un lieu de méditation plein de saints hommes et je trouvai leur compagnie fastidieuse et l'endroit une prison; quand je me fus éveillé; Dieu me conduisit dans une prison et Il en fit un lieu de méditation et le rendez-vous de Son amour.

***

L'Europe se vante de son organisation et de son efficacité pratiques et scientifiques. J'attends que son organisation soit parfaite, alors un Enfant la détruira.

***

Si seulement les hommes entrevoyaient les jouissances infinies, les forces parfaites, les horizons lumineux de connaissance spontanée, les calmes étendues de notre être qui nous attendent sur les pistes que notre évolution animale n'a pas encore conquises, ils quitteraient tout et n'auraient de cesse qu'ils n'aient gagné ces trésors. Mais le chemin est étroit, les portes sont difficiles à forcer, et la peur, le doute, le scepticisme sont là, sentinelles de la Nature pour nous interdire de détourner nos pas des pâtures ordinaires.